L’accueil familial, une alternative aux Ehpad séduisante mais encore marginale
Méconnu, l’accueil familial pour personnes âgées présente beaucoup d'avantages pour faire face au vieillissement démographique. A condition d’en consolider l'encadrement réglementaire et le modèle économique.
Le vieillissement démographique qui s’annonce entraîne une interrogation majeure : comment s’occuper des seniors de demain ? Selon l’Insee, le nombre de personnes de plus de 60 ans passera de 19 millions en 2025 à 24 millions en 2050, dont 4 millions seront en perte d’autonomie.
Le rythme de création de places dans les Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) ne suffirait pas à absorber cette augmentation, et les scandales de maltraitance ont entamé la confiance du public.
Une alternative au maintien à domicile et aux Ehpad pourrait alors séduire : l’accueil familial. Ce dispositif consiste à héberger chez soi des personnes âgées ou en situation de handicap, contre rémunération et après agrément délivré par le conseil départemental.
En 2022, 8 500 personnes étaient agréées pour 13 000 accueillis, dont 36 % de personnes âgées, selon l’Institut de formation de recherche et d’évaluation des pratiques médico-sociales (Ifrep).
« L’accueil familial est aujourd’hui une solution annexe, mais nous pensons qu’elle sera demain une véritable alternative qui pourrait concerner jusqu’à 100 000 seniors », estime Jean-René Lecerf, président du conseil de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA).
D’ici 2050, le conseil de la CNSA préconise la création de 500 000 solutions de logement en habitat intermédiaire, parmi lesquelles figure l’accueil familial.
Moindre coût
En 2023, la branche autonomie de la Sécurité sociale a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour soutenir financièrement les départements en matière d’accueil familial. Aujourd’hui, 70 conseils départementaux promeuvent cette solution avec l’appui de la CNSA.
« L’accueil familial est très apprécié, parce qu’il coûte moins cher qu’une place en Ehpad et correspond mieux au désir de certaines personnes âgées de vivre dans un cocon familial », souligne Michel Delord, directeur général adjoint en charge des politiques sociales en Charente-Maritime.
Selon les acteurs du secteur, accueillir une personne à temps complet dans une famille d’accueil coûte entre 1 500 et 1 800 euros par mois, sans tenir compte des aides comme l’allocation personnalisée d’autonomie. A titre de comparaison, le prix médian d’une chambre individuelle en Ehpad était de 2 004 euros par mois en 2019.
Quant au coût du maintien à domicile, dans une région comme la Bourgogne-Franche-Comté, il s’élevait en moyenne, en 2017, à 330 euros pour les personnes faiblement dépendantes (GIR 4) et pouvait atteindre 1 100 euros pour celles les plus dépendantes (GIR 1).
Aucun diplôme requis
Pour obtenir l’agrément, aucun diplôme n’est requis. Les candidates* sont évaluées sur leur motivation et leurs conditions matérielles d’accueil. Elles doivent suivre une formation initiale d’au moins cinquante-quatre heures, organisée et financée par le département, comprenant un module sur la prise en charge des personnes âgées et un autre sur les gestes de premiers secours, puis une formation continue de douze heures tous les cinq ans. Aujourd’hui, la majorité des accueillantes sont d’anciennes professionnelles du secteur médico-social. Mais dans un contexte où le nombre de personnes atteintes de maladies neurodégénératives va continuer de croître dans les années à venir, le nombre d’heures de formation est « faible », concède Olivier Kornprobst,accueillant familial dans le Cantal depuis 2014. Egalement président de l’association Famidac, il milite pour une véritable reconnaissance professionnelle et un cadre réglementaire plus clair :
« La dernière loi qui parle de l’accueil familial date de 2015, et l’absence de parution des textes réglementaires laisse une trop grande marge d’appréciation aux départements sur ce que les accueillants peuvent faire ou pas. »
La sociologue Armelle Klein, qui a travaillé sur l’accueil familial à La Réunion, souligne que « la question centrale est celle de la capacité des départements à contrôler et à suivre ce qui se passe au sein des maisons ». Aucun texte ne fixe aujourd’hui un nombre minimal d’inspections, alors que plane sur les familles d’accueil l’ombre de la maltraitance, qui fait régulièrement les gros titres.
Un statut peu attractif
Le travail des agents départementaux ne devrait pas s’intensifier de sitôt. Selon l’Ifrep, le nombre d’accueillantes familiales a baissé de 9,9 % entre 2019 et 2022. En cause : une profession vieillissante – près de 46,3 % des accueillantes ont 60 ans et plus – et un statut peu attractif. Le contrat d’accueil familial, majoritairement de gré à gré, est encadré par le Code de l’action sociale et des familles, et non par le Code du travail. Par conséquent, les accueillantes n’ont pas droit au chômage. L’accueil familial apparaît ainsi comme une solution à moindre coût pour la collectivité, mais au prix de droits sociaux réduits pour les accueillantes. Celles-ci sont souvent amenées à travailler 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour une indemnité journalière équivalant à 2,5 fois le montant du Smic au minimum, alors que l’association Famidac pousse pour un montant de 3,5 fois le Smic. Cette rémunération, jugée modeste, est perçue majoritairement par des femmes, qui représentent 85,7 % des accueillantes familiales.
A La Réunion, premier département en nombre d’accueillantes familiales, ce système s’est notamment développé dans un contexte où le taux d’équipement en places d’hébergement est trois fois inférieur à la moyenne nationale, accentuant la dépendance à ce travail féminin.
« Les politiques publiques dans le domaine du vieillissement sont aujourd’hui guidées par une logique de maîtrise des coûts, et le secteur ne tient que grâce au travail sous-payé, voire gratuit, des femmes », explique l’économiste Emmanuelle Puissant.
Le risque d’une marchandisation
Maëlig Le Bayon, directeur général de la CNSA, reconnaît que « la démocratisation du métier passera par la modernisation du statut ». Il se dit favorable à l’arrivée d’acteurs privés. Ces dernières années, des entreprises comme CetteFamille et MonSenior se sont développées autour de l’idée de faciliter le quotidien des accueillantes familiales, en jouant les intermédiaires et en les accompagnant dans leurs démarches administratives.
Mais pour l’association Famidac, ces start-up marchandisent « des services assurés gratuitement » par les organismes et intervenants de l’accueil familial. MonSenior a toutefois créé une dizaine de hameaux dédiés à l’accueil familial dans l’Ain et la Loire. L’objectif : permettre aux accueillantes de s’installer dans des logements déjà adaptés à l’accueil de personnes âgées.
Une solution qui semble insuffisante pour consolider le modèle économique du secteur, puisque ce changement de vie ne s’accompagne pas d’un changement de statut : les accueillantes restent liées par le contrat de gré à gré. Un cadre encore loin d’avoir trouvé son équilibre.
*Nous faisons le choix d’utiliser ici le féminin générique, la très grande majorité des accueillants étant des accueillantes.
Adam Lebert dans Alternatives Économiques, le 15 janvier 2026
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