Les Vieilles de Julie Gaucher, livre

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

Les Vieilles de Julie Gaucher

À travers une suite de poèmes sensibles et incarnés, Julie Gaucher fait surgir ces existences souvent invisibles. Les mémés des fermes, [...] celles que l’on place en maison de retraite, celles qui traversent l’exil [...] ; des femmes aux mains marquées par le travail, aux corps fatigués, des femmes qui ont aimé, élevé, lutté, espéré, et dont la vie continue de résonner dans les gestes simples.

Préface :

Voilà quelques années déjà que des comédiennes dénoncent le « tunnel des 50 », c’est à dire la disparition des femmes des écrans à partir de cinquante ans, voire avant, parfois suivie – pour quelques-unes seulement – d’un bref retour dans des rôles de grands-mères. Les exceptions se comptent sur les doigts d’une main. Pourtant, dans le monde réel, les femmes de plus de 50 ans sont toujours bien là : toujours au travail pour beaucoup, toujours actives, toujours engagées dans mille et une activités, voyageuses, amoureuses, responsables…

Et, dès cet âge, plus nombreuses que les hommes ; elles sont 60 % des 75 ans et plus. Les comédiennes ne sont pas les seules à faire ce constat, et à tenter de remédier à cet effacement. Qui n’a pour cause que l’ajout de l’âgisme au sexisme, quand ce n’est pas au mépris de classe, puisque les vieilles sont aussi, dans l’ensemble, bien plus pauvres que les vieux. Des chercheuses documentent cette affaire : la psychologue Lynne Segal (Out of Time, 2013), les sociologues Michèle Charpentier et Anne Quéniart au Québec (Vieilles, et après !, 2009), plus récemment Juliette Rennes ou Rose-Marie Lagrave en France. Des personnalités publiques tapent du poing sur la table, comme Laure Adler (« Je suis vieille et je vous emmerde », 2022). Des militantes se regroupent, pour faire comprendre que les vieilles ne sont pas des vieux comme les autres, à l’image des « Vieilles en puissance», qui produisent des podcasts, ou des « Vieilleuses, les vieilles qui veillent » de Montpellier…

Julie Gaucher, elle, montre que la vieillesse des femmes est un magnifique sujet de poésie. Que les vieilles rayonnent, quand on les regarde avec tendresse, avec bienveillance, avec curiosité, avec amour. Quand on prend le temps de se souvenir : des visages, des gestes, des mots. Son recueil attrape le sujet comme de l’extérieur, depuis le temps présent des colères qui nous préoccupent. Puis il amorce une boucle, pour aller de l’une à l’autre de ces femmes, d’un lieu à l’autre, jusqu’aux derniers : ceux où l’on « met » les vieux, les vieilles surtout. La boucle menée par Caroline Taconet, Katerina Zekopoulos et Laetitia Vitauddepuis février 2024, Vieilles en puissance se définit comme un projet de podcasts « à l’intersection de trois sujets : l’âge, l’argent, les femmes ». Et ausii le collectif féminin appartenant à Osez le féminisme Hérault (OLF34).

JULIE GAUCHER - Les Vieilles-  conduit aux siens, aux siennes, à cette Mémé qui ne lui a pas tout dit, à qui elle n’a pas demandé assez, mais qui lui a quand même laissé de quoi retourner vers elle, dans le silence et la chaleur des mots. Vers elle, vers elles.

Éliane Viennot

Editions Accointances, avril 2026 70 pages

Les Vieilles de Julie Gaucher, livre

Publié dans Culture, Livre, Genre

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