Retraite à 65 ans : le rapport du COR qui oublie que 58 % des 60-64 ans ne travaillent déjà plus

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

Trois modèles économiques, quatre leviers testés, une seule conclusion : reculer l'âge de départ serait la seule option qui ne détruise pas de croissance. Le Conseil d'orientation des retraites a publié le 26 mars 2026 ses simulations macroéconomiques. Le chiffre qui en sort — 240 000 emplois créés — repose sur une hypothèse que la réalité du marché du travail contredit depuis vingt ans.

  1. Le COR conclut que le recul de l'âge est le seul levier « expansionniste » — les trois autres détruisent emploi et croissance
  2. Les simulations supposent que les seniors prolongeront effectivement leur activité — or moins de 43 % des 60-64 ans sont en emploi
  3. Entre la sortie réelle du marché du travail et l'ouverture des droits, un « sas de précarité » que les modèles ne mesurent pas

Simulations du COR sur le recul de l'âge de départ à la retraite et paradoxe du taux d'emploi des seniors après 60 ans © SeniorActu

Ce que les trois modèles du COR disent vraiment

210 000 à 240 000 emplois créés et un gain de PIB de 0,7 à 0,9 point : voilà ce que produirait, selon le Conseil d'orientation des retraites, un recul d'un an de l'âge effectif de départ à la retraite. Le rapport publié le 26 mars 2026, intitulé « Impact macroéconomique des leviers d'équilibre financier d'un système de retraite », compare quatre scénarios calibrés chacun sur une consolidation de 6 milliards d'euros, soit 0,2 point de PIB. 
Trois équipes ont travaillé en parallèle : la Direction générale du Trésor avec le modèle Mésange, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) avec EmeRaude, et l'institut I-MIP du CEPREMAP avec CepreHANK. Leurs résultats convergent : sur les quatre leviers testés, trois sont qualifiés de « récessifs ». Seul le recul de l'âge de départ apparaît comme « expansionniste ». 
En clair, augmenter les cotisations ou baisser les pensions détruit de la richesse. Repousser l'âge en créerait. Le solde public s'améliorerait de 0,3 à 0,7 point de PIBgrâce aux recettes fiscales et sociales supplémentaires générées par le maintien en activité. Le rapport prend soin de préciser qu'il ne s'agit pas d'un projet de réforme. Mais dans le contexte actuel, la nuance risque de se perdre en chemin.

Pourquoi les trois autres leviers sont tous perdants

Le rapport détaille les effets des leviers alternatifs, et le verdict est sans appel. Une hausse des cotisations employeurs détruirait entre 10 000 et 50 000 emplois à court terme en renchérissant le coût du travail. L'investissement reculerait, le PIB perdrait 0,1 point. 
Côté salariés, le mécanisme est symétrique : une hausse des cotisations salariales réduirait le salaire net, contracterait la consommation et supprimerait 20 000 à 30 000 emplois à horizon de deux ans. Quant à une baisse des pensions, elle amputerait directement le revenu des retraités, entraînerait un recul de la consommation et détruirait environ 10 000 emplois. Le revenu disponible des ménages resterait « durablement inférieur à son niveau initial », selon le dossier du COR. 

La mécanique est limpide : les trois leviers « classiques » ponctionnent du pouvoir d'achat quelque part — chez les retraités, chez les salariés ou chez les entreprises. Le recul de l'âge, lui, ajoute de l'offre de travail. Sur le papier.

Le trou béant dans le raisonnement : le taux d'emploi des 60-64 ans

C'est là que le bât blesse. Les modèles partent du principe que repousser l'âge légal d'un an se traduira par un an de travail supplémentaire. La Direction générale du Trésor l'écrit elle-même : son modèle comptable suppose « une élasticité unitaire » entre emploi et PIB, et « l'absence d'effet retour sur l'emploi des jeunes et des classes d'âge intermédiaires ». 
Or la réalité du marché du travail français raconte une autre histoire. Selon la 
dernière étude de la DARES, publiée en juillet 2025, seuls 42,4 % des 60-64 ans étaient en emploi en 2024. Passé 64 ans, trois quarts des seniors sont déjà retraités. Le taux d'emploi chute sous les 20 %. 
Autrement dit : 58 % des personnes concernées par un éventuel passage à 65 ans ne sont déjà plus en activité à l'âge actuel de départ. Elles ne sont ni en emploi, ni au chômage indemnisé pour une partie d'entre elles. Repousser l'âge légal ne les ferait pas travailler un an de plus. Cela prolongerait d'un an la période sans revenu. 

Publié le 3 avril dans Seniorsactu

 Par Fabrice Crozier | Publié le 30/03/2026 par Senioractu

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Retraite à 65 ans : le rapport du COR qui oublie que 58 % des 60-64 ans ne travaillent déjà plus
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