Rue Malaga : l’allégresse d’une octogénaire ; allez au cinéma !!!

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

Courez voir ce film de Maryam Touzani, qui se déroule à Tanger. Ses couleurs sont chaudes comme le message qu’il transmet. C’est un portrait, rarissime en littérature, encore rare au cinéma, d’une presque octogénaire pleine de vitalité, épanouie, telle qu’en elle -même, qui assume de vouloir vivre en dehors de la fonction que sa fille veut lui assigner. L’héroïne, Maria -Angeles, est somptueusement incarnée par Carmen Maura, que l’on a connue chez Almodovar.

Le contraste entre les deux personnages féminins, la mère et la fille est total. Contraste entre le rayonnement de la vieille dame, figure du quartier (au marché, dans son immeuble avec ses voisins et voisines, aux fourneaux quand elle se mettra à cuisiner pour des passionnés de foot les soirs de match pour racheter les meubles vendus par sa fille … ), et la tristesse fermée de sa fille. Celle -ci débarque  un jour chez  sa mère à Tanger, elle vient de Madrid, où elle vit une situation difficile (divorce, précarité, deux petits enfants à charge). Elle annonce froidement à sa mère, qu’elle voit peu,  qu’elle a décidé de vendre le bel appartement où Maria -Angeles a sa vie, ses souvenirs, ses liens si vivants tant avec les êtres qu’avec les objets qui l’entourent.

 Le film retrace la résilience de la mère, incarnée par Carmen Maura. Il montre sa capacité à lutter pour le maintien de son identité, auquel l’âge n’a rien ôté, au contraire.

 Elle refusera ainsi de quitter Tanger pour aller s’occuper de petits enfants à Madrid, comme l’avait planifié sa fille à sa place, trouvant cela fort naturel. Elle quittera au bout de quelques jours la maison de retraite où sa fille l’a placée à Tanger (la scène où on veut couper ses longs cheveux malgré son avis est désopilante mais montre combien on y considère la vieille dame comme un objet). Au moyen de quelques mensonges, elle se réinstallera dans son bel appartement mis en vente par sa fille, rachètera les meubles que celle-ci a vendus. Sa vitalité époustouflante et sa sensibilité rendront amoureux l’antiquaire. Avec l’histoire d’amour, le film s’emballe dans la gaité, faisant fi des stéréotypes.

Dans la dernière scène, ouverte, la fille, à la veille de signer la vente chez le notaire, est enfin gagnée par l’émotion, ébranlée…Est -elle alors en mesure de voir que sa mère existe par elle -même, riche des liens passés et présents avec le monde, et que l’âge, loin de la définir, ne fait qu’ajouter à sa valeur intrinsèque ?

Geneviève Besse pour Or gris le 2 mars 26

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