2,1 millions d’aidants ont besoin de répit : aider un proche, au risque de s’épuiser
Près d’un aidant sur deux ne parvient pas à prendre suffisamment de pauses. Deux nouvelles études de la Drees montrent que plus l’aide prend de place dans le quotidien, plus le besoin de souffler est important et plus certains indicateurs de santé sont défavorables.
Aider un proche, c’est aussi avoir besoin de souffler
En France métropolitaine, 5,9 millions de personnes apportent régulièrement une aide à la vie quotidienne à un proche vivant à domicile. Il peut s’agir d’aider à se laver, à s’habiller, à se déplacer, de préparer les repas, de faire les courses ou encore de gérer certaines démarches.
Pour plus d’un aidant sur trois, cette aide crée un besoin de pause : 36 % déclarent avoir besoin de répit, soit environ 2,1 millions de personnes.
Et plus l’aide est importante, plus ce besoin augmente. Parmi les personnes qui effectuent au maximum trois types de tâches, environ un quart ressentent ce besoin. Elles sont plus des deux tiers lorsque l’aide porte sur plus de huit tâches différentes.
Les soins personnels et les déplacements sont particulièrement concernés. Aider son proche à manger, à se laver, à s’habiller, à se lever ou à se déplacer demande en effet davantage de temps et d'énergie que des tâches comme les courses ou le ménage.
Pour la moitié des aidants concernés, les pauses ne suffisent pas
Avoir besoin de répit ne signifie pas forcément pouvoir réellement souffler.
Parmi les aidants qui disent en avoir besoin, 49 % ne parviennent pas à prendre suffisamment de pauses. Dans 35 % des cas, ils arrivent à s'arrêter un moment, mais considèrent ces pauses comme insuffisantes. Pour 14 %, aucun moment de répit n'est pris.
Et le répit ne passe pas forcément par un dispositif spécialisé.
Le plus souvent, les aidants profitent de moments où leur proche peut rester seul (52 %) ou font appel à leur entourage ou à des professionnels qui interviennent à domicile (47 %). Les solutions permettant d'accueillir la personne aidée à l'extérieur du domicile sont moins fréquentes : elles ne concernent que 21 % des aidants qui prennent du répit.
Cela montre que le répit peut prendre des formes très simples : quelques heures seul, quelqu'un qui prend le relais pour une journée, ou un professionnel qui intervient pendant que l'aidant s'occupe de lui-même.
Les femmes et les parents d’enfants handicapés davantage concernés
Le besoin de répit n'est pas le même pour tout le monde.
41 % des femmes aidantes déclarent en avoir besoin, contre 30 % des hommes. Et lorsqu'elles prennent déjà des pauses, les femmes sont également plus nombreuses à souhaiter qu'elles soient plus longues ou plus régulières.
Les parents qui accompagnent un enfant en situation de handicap sont eux aussi particulièrement concernés : 51 % déclarent avoir besoin de répit. Une difficulté supplémentaire tient au fait que 80 % d'entre eux vivent avec leur enfant aidé, ce qui peut rendre les possibilités de pause plus limitées.
Quand l’aide prend 20 heures par semaine, la santé mentale est davantage fragilisée
La deuxième étude de la Drees, réalisée avec l'Institut des politiques publiques, élargit le regard à l'Europe. Elle s'appuie sur l'enquête européenne sur la santé de 2019.
À l'échelle européenne, 16 % des personnes âgées de 15 ans ou plus déclarent apporter régulièrement une aide ou des soins à un proche en situation de handicap, de maladie chronique ou de perte d'autonomie. En France, cette proportion atteint 25 %.
Mais être aidant ne signifie pas automatiquement être en moins bonne santé. Une fois prises en compte des caractéristiques comme l'âge, le niveau d'éducation ou les revenus, la Drees ne constate pas de différence systématique de santé globale entre aidants et non-aidants.
La situation change lorsque l'aide devient très importante. En France, 7 % des aidants consacrent au moins 20 heures par semaine à leur proche, contre 18 % en moyenne en Europe.
Pour ces aidants très mobilisés, certains indicateurs de santé sont moins favorables. À situation sociodémographique comparable, leur probabilité de déclarer une bonne santé physique est inférieure de 4 points à celle des non-aidants. Pour la bonne santé mentale, l'écart atteint 8 points.
La nuance est importante : la Drees ne dit pas que le fait d'être aidant provoque nécessairement une dégradation de la santé. En France, l'écart de santé globale n'est d'ailleurs pas statistiquement significatif. L'étude met plutôt en évidence une association entre une aide très intensive et des indicateurs de santé moins favorables, particulièrement pour la santé mentale.
Le répit n’est donc pas un luxe
Ces deux études racontent finalement la même histoire.
Plus l'aide prend de place, plus il devient difficile de trouver du temps pour soi. Et lorsque l'aide devient très intensive, les difficultés sont aussi visibles dans certains indicateurs de santé.
Pour les aidants, prendre du recul ou demander un relais ne signifie pas abandonner son proche. Au contraire, pouvoir souffler peut permettre de continuer à l'accompagner dans de meilleures conditions et sur la durée.
Le répit ne suppose pas nécessairement de trouver une solution lourde ou de quitter son proche pendant plusieurs jours. Il peut commencer par quelques heures de relais, l'aide d'un membre de la famille, l'intervention d'un professionnel à domicile ou une solution d'accueil ponctuelle.
L'enjeu est donc aussi de permettre aux aidants de ne pas attendre l'épuisement pour chercher un relais.
Les résultats de la Drees rappellent ainsi une réalité simple : accompagner un proche est souvent un engagement quotidien et important. Pour pouvoir aider dans la durée, l'aidant doit aussi pouvoir prendre soin de lui-même.
Pour aller plus loin ( allez voir dans Age village) :
- Aidants : les solutions de répit
- Deux livres pour apprendre à aider sans s’épuiser
- Aidants : une plateforme en ligne pour faire le point sur sa santé
- Relayage, suppléance, baluchonnage : c’est quoi au juste ?
Publié par Age village le 5 octobre 2026
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