Dérèglement climatique : dans un monde à +1,5 °C, 22 % des plus de 60 ans feront face à une chaleur «incompensable»
D’ici 2050, le nombre de personnes de 60 ans et plus devrait doubler à travers la planète, pour atteindre 2,1 milliards d’humains. Le vieillissement de la population se poursuit pendant que le monde se réchauffe. Et «une chaleur intolérable» devrait affecter «beaucoup plus de personnes que ce qui avait été estimé auparavant», «à une échelle beaucoup plus importante et pendant des durées plus longues», alertent neuf chercheurs américains dans une étude publiée par la revue scientifique The Lancet, ce mardi 18 août. Selon eux, les personnes âgées constituaient jusqu’ici l’un des angles morts des publications sur les conséquences des chaleurs extrêmes.
«Stress thermique»
Car, dans le cortège de dégradations physiques qui accompagnent la vieillesse, figure la diminution des capacités de thermorégulation. En cause : la réduction de l’activité des glandes sudoripares responsables de la sudation, l’altération de la vasodilatation cutanée (la dilatation des vaisseaux sanguins permettant à l’organisme d’évacuer la chaleur), ainsi que la baisse du débit cardiaque. A partir d’un scénario de réchauffement de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle(limite instaurée par l’accord de Paris qui sera malheureusement atteinte autour de 2030), les personnes âgées seront déjà très nombreuses à être exposées à un «stress thermique incompensable», défini dans l’étude comme le moment où «l’équilibre thermique ne peut plus être maintenu et la température corporelle augmente continûment».
Dans ce monde à + 1,5 °C, 290 millions de personnes âgées (soit 22 % des plus de 60 ans de la planète) seront confrontées annuellement à au moins cent quatre-vingt heures de «stress thermique incompensable», selon les chercheurs américains. «En considérant six heures de dépassement par jour, cent quatre-vingt heures correspondent à environ un mois d’exposition», précisent-ils. Dans des endroits comme Delhi, Lahore et Dubaï, ce chiffre grimperait à près de mille heures. L’étude est catégorique : le phénomène s’aggravera beaucoup plus tôt et de manière bien plus massive chez les plus de 60 ans que chez les jeunes adultes (18-39 ans) : ces derniers ne devraient connaître une situation comparable que dans un scénario de 4 °C de réchauffement global, avec 17 % d’entre eux qui pourraient souffrir de «stress thermique incompensable».
Plus de 3 000 heures cumulées
Avec un thermomètre mondial qui va continuer de grimper, les auteurs de l’étude prévoient que les conséquences du réchauffement changent complètement d’échelle. A partir de 3 °C de réchauffement par rapport à la période préindustrielle (seuil qui pourrait être atteint d’ici 2100, selon les Nations unies), 1,3 milliard de personnes âgées seront concernées. Certaines régions deviendront particulièrement préoccupantes. C’est notamment le cas du golfe Persique ou de l’Asie du Sud, où les seniors «pourraient être confrontés à un stress thermique incompensable persistant, de jour comme de nuit pendant, trois mois consécutifs» par an, souligne la publication universitaire. En Inde, au Pakistan, au Bangladesh, en Birmanie et au Niger, les cinq pays identifiés comme particulièrement vulnérables en raison de leur faible capacité d’adaptation et de leur niveau de pauvreté, « au moins 80 % de la population âgée » pourrait être exposée chaque année à cent quatre-vingt heures ou plus de « stress thermique incompensable ».
A + 4 °C, le nombre annuel cumulé d’heures de ce phénomène physique pourrait dépasser les 1 620 heures, notamment dans de vastes zones de l’Afrique de l’Ouest, de l’est de la Chine et l’Asie du Sud-Est. Avec une telle trajectoire de réchauffement, 3 milliards de personnes de plus de 15 ans seraient concernées, parmi lesquelles 1,85 milliard de personnes âgées (soit 56 % de la population mondiale des seniors). Chiffre marquant : à Bangkok, les seniors « connaîtront un stress thermique incompensable […] atteignant 3 840 heures par an, soit 44 % de l’année, dans un scénario de réchauffement de 4 °C », écrivent les scientifiques.
Certes, des conditions de forte humidité combinées à une température très élevée – comme celles observées dans de nombreuses régions du monde citées par cette publication – ne constituent pas la base du régime climatique de la France métropolitaine. Et l’accès des seniors à la fraîcheur en période de canicule s’est amélioré depuis le très mortel épisode de 2003, pose le climatologue Jean Jouzel, que Libération a voulu faire réagir à cette étude. « Mais de telles chaleurs se retrouvent en France dans certains appartements, notamment sous les toits, en période de canicule. Beaucoup de personnes âgées sont à risque car elles vivent dans des logements sans conformité avec la chaleur, déplore l’ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Cette publication devrait donc attirer l’attention nos décideurs », espère-t-il.
Publié dans Libération le 24 août 2026
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