Seconde main pour courses solidaires

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

La soixantaine de bénévoles de l’association Le Secours Libre gère trois ressourceries. Ces dernières financent l’épicerie sociale de Ouistreham

Quelle que soit l’heure de la journée, entrer dans l’une des ressourceries de Ouistreham revient à pénétrer dans une fourmilière. En ce mercredi aprèsmidi d’hiver, Monique et Denise, les doyennes de l’association Le Secours libre, s’affairent dans le tri des vêtements. « Ah ça, c’est chouette! C’est de la marque, on va le mettre en vitrine, il va partir vite! » s’exclament-elles. Pour elles, comme pour la dizaine de bénévoles présents ce jour-là, le but de leur action est d’apporter, collectivement et dans la bonne humeur, du soutien aux personnes en difficulté. 12000 heures cumulées par an : voilà ce que représente l’investissement de la soixantaine de bénévoles, dont la plupart sont des retraités, du Secours Libre. Cette association, installée à Ouistreham (Calvados), regroupe trois ressourceries dont le produit des ventes finance l’épicerie sociale de cette petite ville de presque 10000 habitants. L’échoppe est principalement ravitaillée par des denrées venues du supermarché local, complétées par des produits de la Banque alimentaire.

Moins de 15 euros par jour

Pour faire ses courses à l’épicerie sociale, une seule condition requise : présenter un reste à vivre journalier inférieur à 15 euros. Tous les produits mis en rayon ont une valeur convertie en points. Selon leur revenu, les bénéficiaires se voient octroyer un total de points hebdomadaire et « comme dans un magasin classique, ils peuvent faire leurs courses en fonction de leurs besoins ». Le nombre de bénéficiaires, actuellement de 80, est stationnaire, voire en légère baisse au fil des années. « Nous n’arrivons pas à savoir si c’est parce que les familles aux plus faibles revenus ne peuvent plus habiter sur la côte, ou si c’est parce que des personnes dans le besoin ne nous connaissent pas, bien que nous travaillons avec les services sociaux de la ville », s’interroge Claudine, secrétaire de l’association. Au début, il y a presque trente ans, toute l’activité avait pris place dans l’ancienne gendarmerie : les livres d’occasion, le mobilier, les vêtements, la vaisselle, les jouets et, bien sûr, l’épicerie sociale. Le tout sur 100 m². Il y a trois ans, la ville a décidé de vendre l’ancienne gendarmerie et a mis à disposition gracieuse de l’association d’autres locaux répartis sur trois sites : un pour la bouquinerie riche en livres rares sur le port, un dans la zone industrielle pour l’ameublement, et le dernier dans un nouveau quartier pour les vêtements, les chaussures, la vaisselle et l’épicerie sociale. Seule la bouquinerie doit payer un loyer pour deux des quatre algécos qu’elle occupe.

Les bénévoles ont chaque semaine des missions bien précises. Il y a ceux qui trient la vaisselle, les bibelots, les jouets, la maroquinerie, les vêtements adultes et enfants. Une dizaine se consacre aux livres. Une vingtaine s’occupe de l’épicerie et une dernière équipe, « majoritairement masculine à cause des objets lourds à porter », dixit Franck, président de l’association, se charge de l’ameublement. La moyenne d’âge des bénévoles est de 70 ans, mais leur enthousiasme et leur investissement sont communicatifs. Plus de 90% d’entre eux sont des Ouistrehamais. Que ce soit à la bouquinerie, pour l’électroménager, la vaisselle ou les vêtements, les bénévoles ne gardent que ce qui est vendable. Le reste est orienté vers des filières de recyclage. Les vêtements non exposés sont par exemple donnés au chantier d’insertion La Chiffo, basé à Caen, qui dispose d’ateliers de couture pour faire de l’upcycling. « C’est ce pari de la qualité et les prix très bas à la revente qui sont les clés du succès, note Claudine. Il y a même des Caennais qui nous apportent des objets car ils voient qu’ils seront mis en valeur et savent à quoi servira l’argent récolté. » Les jours d’ouverture, entre les clients de la ressourcerie et ceux qui apportent des objets, les locaux ne désemplissent pas.

Vendu à Deauville

Il faut dire que les membres du Secours Libre ne sont jamais à court d’idées pour trouver des financements. Parfois, des personnes donnent des objets de valeur (tableaux, bijoux ou livres anciens). « Quand c’est le cas, nous sommes en lien avec un commissaire-priseur de Deauville qui les propose en salle des ventes. Un tableau que l’on vendrait 30 euros ici peut l’être à 500 euros là-bas. Mais il faut du temps aux bénévoles pour ne pas passer à côté d’un objet rare », explique Françoise depuis la bouquinerie solidaire. Les livres rares sont aussi vendus sur Internet. Pour augmenter les recettes, des bénévoles, comme Sylvette, Françoise et Renée, fabriquent aussi des objets décoratifs, en laine ou en carton ou des cartes vendues au marché de Noël. Côté charges, Le Secours Libre fait tout pour réduire les frais de fonctionnement. Les étagères métalliques ont, par exemple, été fabriquées par Franck, le président de l’association. « Cela représente une économie de près de 20000 euros », calcule avec malice ce dernier, ancien professeur de mathématiques.

Contact

Le Secours Libre 2 rue Victorien Debled 14150 Ouistreham

Site : lesecourslibre.fr

Retrouvez l’article complet dans le magazine Village n°167 du printemps 2026

https://villagemagazine.fr/produit/n167-printemps-2026/

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