Les méthodes rapaces du secteur funéraire - Charognards - livre-
Dès l’introduction, le ton est donné : « En France, un malade est un patient… et un défunt est un produit marchand. […] Il existe une industrie du chagrin, et elle a de beaux jours devant elle. » Dans le livre enquête Les Charognards. Pompes funèbres, enquête sur le business de la mort, paru au Seuil, les journalistes Brianne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse pointent « l’obscénité des pratiques des leaders privés du funéraire » et dénoncent un secteur hyperlucratif qui cherche à s’enrichir au détriment des familles, peu regardantes sur le coût des obsèques, qui s’élève en moyenne à 4 000 euros.
En décortiquant les méthodes juteuses des deux cadors du funéraire que sont OGF (607 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024) et Funecap (750 millions d’euros), qui se partagent presque un tiers du marché, les journalistes mettent au jour un système dans lequel « l’endeuillé, que l’on est forcé d’appeler client, est captif ». Ils observent qu’« alors que, pour la majorité des entreprises, le Covid a été synonyme de récession économique, les pompes funèbres font figure d’exception » avec « des exercices 2020 et 2021 particulièrement bons ». En outre, le vieillissement de la population va entraîner une forte hausse de la mortalité (de 640 000 décès annuels en 2024 on passerait à 800 000 d’ici 2050).
Quand ils emploient le terme « charognards », précisent les auteurs, ce sont les dirigeants de ces grands groupes qu’ils visent, et non leurs employés, « premières victimes de cette industrialisation du deuil », touchés par de bas salaires, une forte pénibilité et des techniques de management brutales, avec des injonctions telles que : « Ne perdre aucun décès » ou « Capter les défunts “à la source” ». Cette pression du chiffre, qui incite les conseillers funéraires à « entretenir le flou sur les prestations obligatoires et optionnelles », entraîne une importante rotation de personnels et des erreurs dramatiques pour les familles – comme par exemple des inversions de corps. Les journalistes racontent que, pour « préserver leur réputation », les grands groupes cloisonnent leur communication, en faisant signer des accords à l’amiable en cas de problème : « Moyennant parfois quelques milliers d’euros, les endeuillés s’engagent à ne pas entreprendre de poursuites judiciaires. »
Les auteurs évoquent en outre l’autre « filon lucratif » d’OGF et de Funecap, les crématoriums. « Avec la bénédiction des collectivités qui leur en délèguent la gestion, pour des durées qui atteignent parfois quarante ans, les deux magnats exploitent plus de la moitié du parc français », avec un marché de la crémation « qui a rapporté 215 millions d’euros en 2024 ». Régulièrement épinglées par la Cour des comptes, de nombreuses collectivités se désengagent de leur mission de contrôle de ces équipements de service public, ce qui entraîne une offre de service et des tarifs de crémation très inégaux. « C’est une rupture d’égalité entre les citoyens », regrette dans ce livre la présidente de la Fédération française de crémation, Frédérique Plaisant.
Sarah Boucault Publié le 6 novembre 2025 dans Témoignage Chrétien
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