Les Babayagas, une autre façon de vivre la vieillesse

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

La Maison des Babayagas, créée par Thérèse Clerc, militante féministe décédée l’an passé, n’est ni une maison de retraite, ni une anti-maison de retraite. En octobre 2017, elle fêtera ses 5 ans d'existence. Il s'agit d'un bâtiment collectif autogéré où 21 logements sont réservés à des femmes de plus de 60 ans. Une utopie devenue réalité.

« À ceux qui disent que la vieillesse, ça ne peut être que la maladie ; je leur réponds que non. La vieillesse, c’est un bel âge, c’est l’âge de toutes les libertés et ce n’est pas une pathologie. » Thérèse Clerc, militante féministe de la première heure, décédée en février 2016, à 88 ans, en avait rêvé. Elle l’a fait. À deux pas de la mairie de Montreuil, près de Paris, au numéro 6 de la rue de la Convention se trouve un petit bâtiment collectif. Pas d’écriteau. Rien ne le différencie des autres. Et pourtant…

Derrière ces murs se cache une utopie devenue réalité : la Maison des Babayagas (1). Sur les vingt-cinq logements, vingt et un sont réservés à des femmes de plus de 60 ans, répondant aux critères d’accès aux logements sociaux. Les quatre autres, à des jeunes de moins de 30 ans, comme convenu lors de l’ouverture des lieux en 2012. Ici, les maîtres mots sont citoyenneté, solidarité, féminisme, laïcité, écologie et… autogestion.

Pas question pour ces femmes de composer avec un gérant ou un responsable. Il y a bien une présidente à la tête de l’association, parce qu’il en faut une. Mais chaque résidente est responsable de son logement. Pour les parties communes, en revanche, les décisions sont collectives. Pas si simple. La création d’un potager collectif a ainsi fait l’objet de vifs débats.

De bons petits plats partagés...

Ce vendredi-là, c’est jour de « repas partagé », comme une fois par mois. Qui veut, vient et mange. Des femmes, beaucoup de femmes. Les hommes se comptent sur les doigts d’une main. La porte du hall d’entrée passée, c’est dans une salle pleine de vie que les choses se passent, comme ça, sans chichi. Ça discute, ça installe les tables, la grande nappe rouge à fleurs, les assiettes… Les bons petits plats préparés par les uns et les autres. Sans oublier, une bouteille de rosé et une de rouge.

La Maison des Babayagas de Montreuil, est un habitat participatif, autogéré, réservé aux femmes de plus de 60 ans.

Vu le nombre de personnes présentes, plus d’une vingtaine, un petit tour de table s’impose. En dehors de cinq Babayagas, des étudiants, des membres de l’association Les femmes de La Boissière qui propose des cours de français aux migrants, des « candidates » Babayagas… Mais aussi Cristina Catalano, originaire de Palerme (Sicile), arrivée à Paris il y a quelques années et à Montreuil depuis quelques mois : « Je me sens plus femme depuis que je viens ici avec elles. »

« Vous savez… la semaine des vieux »

Cathy Carugati, la trésorière des Babayagas, et Odette Menteau, la présidente, ne vont pas rester longtemps au repas. Une réunion les attend à la mairie. Au programme : la Semaine bleue. « Vous savez… la semaine des vieux », lance Dominique Doré, Babayaga depuis 2011. Toutes s’inquiètent de ce qui va se dire autour de la table : « Certains vont encore annoncer que ça serait bien pour éveiller les personnes âgées, de faire telle ou telle activité. C’est à nous de proposer des choses ! Pas à des jeunes de dire ce que les vieux doivent faire ! »

D’ailleurs, lorsque les Babayagas décident de frapper fort, ça se remarque. Il y a quelques semaines, elles ont proposé une activité décalée : les Baba-tagueuses. « Ça a interpellé les gens qui passaient à côté de nous. Ils étaient déroutés. Nous, on montre qu’on n’est pas si vieilles que ça », raconte Dominique.

La Maison des Babayagas a eu bien du mal à sortir de terre. Difficile de faire entrer dans des cases un projet comme celui-là. Même si l’habitat partagé pour seniors se développe un peu partout en France, l’administration a du mal à suivre. Acheter un terrain par le biais d’une association pour le revendre en différentes parcelles nécessite une paperasse incalculable. Les mentalités changent malgré tout. « Il faut trouver des partenaires qui acceptent l’innovation », explique Odette Menteau. Les Babayagas devront peut-être réfléchir, avec les autorités, à un nouveau type de label…

Réfléchir sur le vieillir autrement

En attendant, la plupart profitent de cette vie en communauté. D’autres ont plus de mal à se faire au système. Mais les candidates ne manquent pas. Toutes sont unanimes sur une chose : lorsqu’on vous laisse votre autonomie, vous restez indépendant plus longtemps. Continuer à faire ses repas, à prendre sa douche soi-même et, même, créer un jardin potager partagé sont autant de petites choses qui maintiennent dans la vie.

Une dernière chose à imaginer ? « Nous aimerions être à un moment où nous allons réellement faire ce qu’on avait prévu », souligne Dominique Doré. C’est-à-dire, réintroduire dans l’association des Babayagas la notion de réflexion intellectuelle sur le vieillir autrement.

  1. La Baba Yaga est une figure des contes russes.

Alexandra Boursier| Publié le 03/06/2017 dans OUEST France

 

•	De gauche à droite, Catherine Vialles, Odette Menteau, Cathy Carugati, Dominique Doré et Kerstin Emnanuelsson dans le jardin de la Maison des Babayagas. | photo : Thomas Brégardis

• De gauche à droite, Catherine Vialles, Odette Menteau, Cathy Carugati, Dominique Doré et Kerstin Emnanuelsson dans le jardin de la Maison des Babayagas. | photo : Thomas Brégardis

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