Ces grands-parents mis à contribution pour la garde des enfants

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

Avec l’avancement des vacances scolaires, des grands-parents, pour certains vaccinés, ont dû récupérer leurs petits-enfants en urgence pour permettre aux parents de continuer à travailler. 

« Je reviens te chercher, je savais que tu m’attendais. » Avec Gilbert Bécaud en fond sonore, la campagne télévisée du gouvernement en faveur de la vaccination contre le Covid-19 met en scène une grand-mère, seringue dans le bras, ravie à l’idée de revoir enfin ses petits-enfants. Pour beaucoup de grands-parents, ces retrouvailles ont eu lieu plus tôt que prévu. Les écoles ont fermé le 6 avril pour trois semaines, avec, pour nombre de parents, la même question : qui va garder les enfants ? Réponse toute trouvée : papi et mamie.

On est bien loin, en effet, des directives du premier confinement, il y a un an. La vaccination, désormais élargie aux plus de 55 ans, a en partie rebattu les cartes – de même que les directives gouvernementales pour ces vacances, qui ont autorisé les Français à déposer leurs enfants chez les grands-parents. Une façon d’encourager cette solution, qui permet aux actifs de continuer à travailler.

En France, en temps normal, le recours à cette solution de garde de loisirs – pendant les vacances et les week-ends – est largement répandu : 64 % des enfants de moins de 6 ans sont gardés, au moins occasionnellement, par leurs grands-parents, selon des chiffres diffusés en juin 2018 par la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). A temps plein, seuls 2 % des très jeunes enfants sont gardés en priorité par les grands-parents, par opposition aux modes de garde collectifs ou aux assistantes maternelles. « Dans la vie quotidienne, les grands-parents représentent surtout une solution de dépannage en cas d’imprévu, par exemple quand l’école ferme », précise Morgan Kitzmann, postdoctorant à l’INED et auteur d’une thèse sur la garde des enfants par les grands-parents.

Un budget conséquent

Sylvie, une Parisienne de 68 ans, n’a pas hésité à proposer son aide. « Me protéger dans mon petit coin, ce n’est pas ma priorité. Je préfère être là quand on a besoin de moi ! » Grand-mère huit fois, elle ne garde « que » ses deux petites-filles de 4 ans et 5 ans pendant ces vacances avancées qu’elle passe dans la Marne, à la campagne. « Elles s’entendent à merveille, et ça me fait plaisir de les garder », tient-elle à préciser. Pourtant, elle n’a reçu qu’une seule dose du vaccin AstraZeneca, qui l’a d’ailleurs « rendue bien malade ». « J’ai des amis qui se sont enfermés à double tour et ne voient personne, mais moi, je ne peux pas », raconte Sylvie, qui ira « un peu à reculons » recevoir sa deuxième dose.

« Le reste de l’année, j’ai 25 élèves de 4 ans dans ma classe. Mes vacances, j’en ai besoin », s’agace Hélène, enseignante en école maternelle de 58 ans, qui s’occupe de son petit-fils de 19 mois quotidiennement

Pour d’autres grands-parents, c’est toute une entreprise, et un sacré budget en essence ou en billets de train, quand il s’agit de se déplacer ou de faire venir les enfants pour les garder. « Ce mode de garde, où l’on envoie les enfants loin, suppose une certaine disponibilité financière, qui fait qu’il est plutôt investi par les familles favorisées », relève Morgan Kitzmann.

Annie, une ancienne enseignante de 70 ans qui vit à la campagne près de Poitiers, est allée chercher une première fratrie de deux garçons à Bordeaux pour qu’ils passent la semaine chez elle. « Les parents sont en télétravail, et il y a encore un nouveau-né », explique-t-elle. Ses petits-fils, de 6 ans et 10 ans, seront ramenés à Bordeaux, toujours par les grands-parents… qui enchaîneront avec la deuxième semaine de vacances, en Normandie, pour garder l’autre fratrie de deux enfants, du même âge que les deux premiers.

« Avoir reçu la première dose crée un vrai souffle, témoigne cette grand-mère, qui a reçu une injection d’AstraZeneca, ainsi que son mari de 73 ans. On se sent plus rassurés. » Il faudra continuer à « faire attention », comme le rappelle Anne-Lise, partie de Dijon jusqu’à Capbreton, dans les Landes, pour s’occuper de sa petite-fille de 3 ans. « Cela faisait un an que je n’avais pas tenu ma petite-fille dans mes bras, raconte-t-elle, très émue. Je fais attention à ne pas tenir mon visage trop près du sien, je l’embrasse dans les cheveux et pas sur les joues. »

Image du « grand-parent gâteau »

Dans certaines familles, « dépanner » les parents en télétravail a beau être un plaisir, s’occuper de jeunes enfants reste un job à plein temps. « Honnêtement, je ne suis pas sûre de tenir les trois semaines, s’inquiète Hélène, enseignante en école maternelle de 58 ans, qui vit dans le nord de Paris. Il y a encore des grands-parents qui travaillent ! On ferme les crèches comme si tout le monde allait miraculeusement trouver une solution. » Sa fille et son gendre, tous deux commerciaux, ne peuvent pas télétravailler, et lui déposent leur petit garçon de 19 mois tous les matins. « Le reste de l’année, j’ai 25 élèves de 4 ans dans ma classe, s’agace-t-elle. Mes vacances, j’en ai besoin. » 

Anne-Lise, à Capbreton, n’a pas pu poser de vacances pour venir garder sa petite-fille. Cette intermittente de 60 ans travaille en parallèle sur un projet de spectacle et réalise des séances de musicothérapie à distance. Faute de solution, elle a dû « caler des visios » sur les heures de sieste. « Il existe une norme grand-parentale, analyse Morgan Kitzmann, qui veut qu’être un bon grand-parent, c’est être aimant, aidant et disponible. Cette image d’Epinal invisibilise en partie le travail que représente la garde des petits-enfants pour leurs grands-parents. » 

Les séjours sont d’autant plus éprouvants lorsque les grands-parents ont eu à gérer la courte semaine d’école à la maison avec leurs petits-enfants, du 6 au 9 avril. Le contexte pandémique vient une nouvelle fois ébrécher l’image du « grand-parent gâteau », permissif, « une construction plutôt liée à un contexte de vacances, donc à l’absence de pression scolaire », fait valoir Morgan Kitzmann.

« J’ai l’habitude de faire les devoirs avec eux le mercredi après-midi, mais là, c’est très différent », rapporte Claire, qui s’est occupée de ses deux petits-enfants, en CE1 et CM1, pendant les quelques jours d’enseignement à distance qui ont précédé les vacances. Cette grand-mère de 64 ans, qui a reçu sa première dose de vaccin AstraZeneca, a vu revenir les mêmes problèmes que l’année dernière, où elle avait déjà joué le rôle de l’enseignante. « Les maîtresses ont envoyé le programme minuté de la journée, rapporte-t-elle. A 17 heures, on n’avait toujours pas fini. J’ai voulu faire l’école buissonnière le lendemain, mais ça n’a pas été possible, on a reçu un programme tout aussi drastique. »

« Génération sandwich »

Pour les grands-parents, les rôles d’enseignant et de baby-sitter se cumulent aussi avec leurs charges de parents – plusieurs des personnes interrogées ont d’autres enfants plus jeunes, parfois encore étudiants, voire lycéens. « J’ai laissé mon mari et mon fils de 18 ans à Dijon pour venir à Capbreton, rapporte ainsi Anne-Lise. Mon fils passe le bac et le Covid pèse énormément sur sa santé. » Cette jeune grand-mère s’inquiète aussi pour sa propre mère, malade d’Alzheimer dans un Ehpad près de chez elle, en Côte-d’Or. « Venir m’occuper de ma petite-fille signifie aussi que je ne vais pas voir ma mère pendant trois semaines », précise celle qui souhaite alerter sur les grands-parents ayant la double casquette « d’aidant » de personne âgée.

Par un double mouvement démographique de recul de l’âge de la retraite et d’allongement de l’espérance de vie, les grands-parents comme Anne-Lise forment une génération pivot, ou « génération sandwich ». « Ce sont des grands-parents pris entre deux injonctions, aider leurs enfants à s’occuper des petits, et prendre en charge leurs propres parents dépendants », conclut Morgan Kitzmann. Une double charge mentale que la joie de se retrouver ne suffit pas toujours à alléger.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/04/17/je-ne-suis-pas-sure-de-tenir-trois-semaines-ces-grands-parents-mis-a-contribution-pour-la-garde-des-enfants_6077135_3224.html

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