La croissance économique a besoin de l'emploi des seniors

Publié le par Orgris

La croissance économique a besoin de l'emploi des seniors

Au Salon des seniors à Paris en avril dernier, les associations étaient présentes, mais pas les entreprises. Faut-il pousser cette catégorie d'actifs vers les associations ou les ramener vers l'entreprise ? Deux essais sur la place qu'ils occupent sur le marché du travail, 60 + actifs et Tant qu'il y aura des seniors, posent le problème, avec pour intention première d'analyser la valeur réelle des plus de 50 ans dans l'économie.

Etre actif au-delà de 50 ans, considérer les seniors comme une génération-clé, améliorer l'image que l'entreprise se fait de cette catégorie de salariés… telles sont les recommandations communes à ces deux ouvrages, écrits par des acteurs de l'entreprise et un universitaire, pour lesquels la France qui vieillit n'est pas synonyme de déclin.

Ils affirment que, dans l'intérêt général, la place des seniors est au travail. « Au Japon ou aux Etats-Unis, les directions des ressources humaines l'ont compris depuis longtemps », soulignent Caroline Young, Gilles Effront et l'économiste Jean-Yves Ruaux, les trois auteurs de 60 + actifs.

FAIBLE PRÉSENCE DES 50 ANS ET PLUS SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL

Le constat initial, dans les deux ouvrages, est la faible présence des 50 ans et plus sur le marché du travail. Les derniers chiffres du chômage concernant cette catégorie révèlent une hausse de 145 % depuis 2008 ! L'origine de la situation est connue.

Les seniors, souvent assimilés à une variable d'ajustement dans les politiques des ressources humaines depuis les années 1970, n'ont pas atteint, loin de là, le taux d'emploi fixé à 50 % par le traité de Lisbonne. La France joue, sur ce sujet, le rôle de mauvais élève : « En 2011, 41,5 % des personnes âgées de 55 à 64 ans sont “en emploi” (…), loin de la moyenne de l'Union européenne à 27 (47,4 %) », rappelle Jean-Pierre Wiedmer, président de l'International Longevity Center-France et auteur de Tant qu'il y aura des seniors. C'est au-delà de 60 ans que l'écart se creuse le plus, puisque, jusqu'à la réforme de 2010, c'était l'âge légal de départ à la retraite.

Mais la sortie des seniors du marché du travail se prépare bien en amont. D'une part, en raison des freins posés à leur mobilité interentreprises. Puisque les plus de 50 ans qui veulent changer de société se voient proposer essentiellement des CDD. A l'embauche, « les seniors forment la deuxième catégorie de travailleurs en CDD, derrière les moins de 30 ans », souligne M. Wiedmer. D'autre part, en termes de maintien de l'employabilité : « Les employeurs se montrent généralement réticents à investir dans la formation de leurs salariés après 45 ans, et encore plus à partir de 55 », précise M. Wiedmer, qui note que seuls 31 % des 50-54 ans ont accès à la formation continue, et seulement 20 % pour les plus de 55 ans.

Or, parallèlement à la sortie progressive des seniors de l'entreprise, leur présence augmente dans les associations et, dans une moindre mesure, dans la création d'entreprise. « Les plus de 60 ans veulent rester intégrés », expliquent les coauteurs de 60 + actifs, et pas seulement pour des raisons financières. Près d'un senior sur deux indique que sa reprise d'activité répond au « souhait de mettre ses compétences au service de la société ».

BÉNÉVOLAT

Les seniors constituent la catégorie de population la plus investie dans le bénévolat : « 26 % des 50-64 ans et 38 % des plus de 65 ans sont bénévoles dans une association, contre 23 % en moyenne dans l'ensemble de la population », indique M. Wiedmer. Et leur nombre d'heures travaillées augmente avec l'âge…

Les associations y trouvent leur compte en profils très qualifiés : direction générale, ressources humaines, communication, gestion, finance, coordination de projets. « Les seniors constituent près de la moitié des effectifs bénévoles au siège des plus grandes associations et assument la moitié des mandats de dirigeant associatif », poursuit-il.

L'auteur décrit comment les compétences des seniors glissent progressivement de l'entreprise aux associations. D'une part, la mise en place de plans seniors dans les grandes entreprises, avec l'obligation d'accompagner les salariés dans la transition du travail vers la retraite, conduit à une hausse des temps partiels et favorise la mise en place de partenariats avec les associations. D'autre part, les structures associatives, dont l'activité augmente avec la hausse des besoins dans le social, l'environnement ou la santé, ont besoin de toujours plus de bénévoles.

« La difficulté à rendre solvable la dépense appelle à une professionnalisation du bénévolat », estiment pour leur part les auteurs de 60 + actifs. Parce que la gestion rigoureuse des ressources humaines permet de gagner en efficacité et de réduire les coûts. Cette professionnalisation est en cours. « Certaines associations ont mis en place des partenariats avec des entreprises pour favoriser le recrutement des seniors et faciliter leur insertion dans le monde associatif », note M. Wiedmer.

SOURCE DE RICHESSE

Toujours plus nombreux à remplir des activités sociales dont la valeur financière est souvent difficile à estimer, les seniors sont en conséquence moins nombreux à créer la richesse mesurée dans le produit intérieur brut (PIB). Dans ces deux essais, l'activité des seniors est présentée comme une source de richesse. M. Wiedmer en escompte « quelques points de croissance en améliorant la place et l'activité des seniors au sein de notre société », les auteurs de 60 + actifs multiplient les témoignages de seniors « en emploi », en Finlande, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Australie, comme pour donner des exemples à suivre pour la France.

« Promouvoir un emploi de qualité aux seniors est indispensable pour relancer la croissance et assurer l'équilibre financier des systèmes de retraite », recommandait l'Organisation de coopération et de développement économiques dans un rapport publié fin janvier. Les auteurs de ces essais ne disent pas autre chose.

Ils tracent deux pistes : s'attaquer aux discriminations des seniors en entreprise, notamment au niveau de la formation et du recrutement, et poursuivre les travaux sur l'élaboration de nouveaux indicateurs de richesse lancés par la commission Stiglitz en 2008.

Tant qu'il y aura des seniors, de Jean-Pierre Wiedmer.Editions Nouveaux débats publics, 2013, 234 pages, 18 euros.

60 + actifs. Pourquoi le travail post-retraite est indispensable, de Caroline Young, Gilles Effront et Jean-Yves Ruaux. H'artpon éditions, 208 pages, 17 euros

Anne Rodier 
Journaliste en charge de l'emploi et du management, Service Economie, et responsable du semestriel Le Monde-Campus

paru dans le Monde du 02 04 2014

Commenter cet article