Tansformer les monuments historiques en déshérence en maisons de ­retraite ?

Publié le par Orgris

Tansformer les monuments historiques en déshérence en maisons de ­retraite ?

Jean-Michel Wilmotte : « Notre travail n’est pas de faire du « façadisme »

La réhabilitation du patrimoine est le dada de l’architecte Jean-Michel ­Wilmotte : son agence y consacre 20 % de son activité. Il a œuvré, à Paris, sur le collège des ­Bernardins et la Maison de la Mutualité, et à ­Versailles sur l’hôpital royal.

    Comment gérer les contraintes de conservation qu’impose la mémoire des sites classés ?

Quand un promoteur accepte un projet, il veut un maximum de surface pour rentabiliser son investissement. A nous de l’optimiser, tout en gardant la mémoire architecturale du ­bâtiment qui nous guide tout au long de l’opération. Notre travail n’est pas de faire du « façadisme ». Pour l’hôpital de Versailles, on s’est battu pour garder les volumes, les escaliers majestueux, les grandes surfaces, la hauteur de plafond : on ne va pas faire des faux plafonds partout et deux étages en un. Cela fait partie de l’échange avec le promoteur, qui nécessite parfois un bras de fer. Notre job, c’est de nous battre avec les maîtres d’ouvrage.

    En retour, quelle peut être la compensation offerte par le vendeur au promoteur ?

On ne peut pas tout avoir. A Versailles, il fallait sauver le bâtiment. On a conservé une partie de l’édifice près de la chapelle, qui devient un centre culturel, pour faire un petit musée. Et on a prévu une libre circulation à travers le jardin et autour des bâtiments, depuis les cinq entrées donnant dans le quadrilatère. En compensation, le promoteur a le droit de construire, à la périphérie, des logements plus modestes et des logements sociaux.

   Pourquoi n’avoir pas choisi pour ces bâtiments une écriture contemporaine ?

J’aurais voulu faire une greffe, travailler sur une architecture contemporaine. Quand on donne une nouvelle fonction à un bâtiment historique et qu’on a besoin d’espace, ne pas singer l’ancien a le mérite d’une écriture franche. Et c’est un faire-valoir pour l’architecture ancienne. Quand la greffe prend, il y a une vibration, chaque élément se met en exergue. Mais le maire s’y est opposé, la ville de Versailles a choisi du caméléon. C’est de l’architecture de compromis, mais il y a un rythme, c’est propre. J’ai posé des chiens-assis transparents sur le toit, et souligné les verticales des façades avec des bow-windows.

    Vous militez pour réhabiliter les monuments historiques en déshérence en maisons de ­retraite ou en lieux d’éducation…

C’est mon sujet préféré. Du patrimoine sauvé, des emplois créés : partout en France, il y a des ­édifices magnifiques – auxquels, bientôt, s’ajouteront les postes. En Touraine, il y a plein de châteaux abandonnés. Dans certains pourraient être créées de grandes écoles de langues : celui de ­Richelieu (Indre-et-Loire) serait idéal, comme le château de Pompadour (Corrèze) ou celui de ­Villers-Cotterêts (Aisne). Il faut aussi imaginer des maisons de retraite différentes, qui auraient une belle architecture, de grands volumes entourés de jardins, des endroits où les personnes âgées vieilliraient autrement que dans des chambres d’hôtel de 18 mètres carrés. Et cette belle idée fournirait du travail aux artisans, aux entrepreneurs locaux.

    Qui pourrait la financer ?

Cela s’autofinance. Une chambre dans une maison de retraite coûte 3 500 euros par mois, alors faites le calcul ! Il faut arrêter les bêtises. La Sécurité sociale pourrait aider, comme la Caisse des dépôts. Je voudrais lancer l’idée.

Florence Evin
Journaliste au Monde

publié dans LE MONDE CULTURE ET IDEES du 18 septembre 20 Logo-Le-Monde-N-B-.jpg

Et pourquoi pas dans nos villages avec le petit patrimoine rural : presbytères, écoles, batiments publics…?

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