Retraites : l'injustice faite aux femmes

Publié le par Orgris

En dépit des explications alambiquées de notre ancien ministre du Travail Eric Woerth, ce sont bien les femmes qui seront les premières touchées par le passage de 65 à 67 ans de l'âge de départ à la retraite à taux plein.

Cet ancien ministre interrogé fin septembre sur l'injustice faite aux femmes, s'était expliqué : Si elles sont effectivement nombreuses à liquider aujourd'hui leur retraite sans avoir cotisé le nombre d'annuités « normal », cela va bientôt changer puisque, dans sa génération − notre ministre est né en 1956 −, la plupart sont désormais dans les clous, leur arrivée sur le marché du travail ayant été nettement plus précoce qu'auparavant.

Hélas, David Pujadas n'avait pas relevé la contradiction. Car de deux choses l'une : ou bien reculer à 67 ans l'âge auquel on peut liquider sa retraite sans être pénalisé(e) est indispensable à l'équilibre financier de notre système de répartition − ce qui implique que nombreuses seront les personnes dans ce cas dans les trente ou quarante années à venir −, et il n'est donc pas possible de modifier ce paramètre. Ou bien le nombre de ces personnes va être amené très vite à se réduire, jusqu'à ne plus concerner qu'une petite minorité, et alors pourquoi ne pas lâcher du lest sur ce point, puisqu'il s'agit d'un déterminant de second, voire de troisième rang dans l'équilibre financier à restaurer ? Mais on ne peut soutenir logiquement les deux thèses à la fois.

Ce n'est évidemment pas la seule question à régler pour que cette réforme devienne juste. Je suis pour ma part persuadé que les générations ayant aujourd'hui moins de 50 ans vont devoir cotiser plus longtemps [2], mais pourquoi ne pas l'avoir fait sur la base du nombre de trimestres cotisés plutôt que sur la base d'un âge légal de départ ? Et pourquoi ne pas avoir accepté la suggestion de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) d'augmenter les cotisations de retraite des employeurs pour leurs salarié(e)s à temps partiel ? Et pourquoi maintenir un taux de CSG réduit pour les retraités (6,6 %), alors que la moitié la plus aisée d'entre eux pourrait sans difficulté payer le taux normal (7,5 %), puisque le niveau de vie de cette moitié est, en moyenne, plus élevé que celui des générations dont la personne de référence a moins de 40 ans, alors même que ses charges (de remboursement d'emprunts notamment) sont moindres ? Il y a du grain à moudre pour rendre acceptable cette réforme. Mais qu'au moins soit éliminée l'injustice faite aux femmes.

Denis Clerc dans Alternatives économiques, le 24 septembre 2010

http://www.alternatives-economiques.fr/retraites---l-injustice-faite-aux-femmes_fr_art_633_50468.html

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