Pour une troisième vie active

Publié le par Orgris

Reconsidérer le « bien vieillir »

En France et en Allemagne, tout comme en Chine et au Japon, on s’inquiète du vieillissement de la population. Il n’y aurait plus assez d’actifs pour payer les retraites. Et si l’on renversait la perspective ? Si l’on brisait les cycles sociaux préétablis où, avant 30 ans, les jeunes ne peuvent pas trouver un emploi stable ; où, après 50 ans, les salariés sont marginalisés, voire expulsés de l’entreprise ; où, entre les deux, l’intensification du travail use les corps et les esprits...

La littérature courante sur les « seniors » est devenue torrentielle, mais pour l’essentiel elle nous dit presque toujours la même chose. Deux choses — pour être exact. D’abord, avec le rapide allongement de l’espérance moyenne de vie dans des pays comme la France (un trimestre de plus chaque année), la charge des inactifs sur les actifs serait en train de s’alourdir de façon insupportable, ce qui contraindrait à réviser d’urgence à la baisse les normes de notre système de retraite. Ensuite, le tout n’est pas de vivre plus vieux mais de le faire en meilleur état, donc la question plus personnelle que sociale du « bien vieillir » prend une importance majeure.

Si, sur le premier point, des propositions de rechange existent , sur le second, le discours obligé ne rencontre pas la critique de fond qu’il appelle pourtant : bien vieillir serait une affaire toute personnelle de teneur médico-psychologique, sur fond d’acceptation d’un inexorable déclin. « Bien vieillir, ça s’apprend », titre par exemple le magazine Psychologies .

A cette fin nous sont indiquées les « six pistes » :

1. agir sur son corps (manger mieux, un peu d’exercice, pas de tabac...) ;

2. soigner les apparences (techniques anti-âge « douces », du massage à la « médecine esthétique ») ;

3. lire les philosophes (Sénèque, Montaigne, Bergson ; philosopher, c’est apprendre à mourir) ;

4. bien traverser la ménopause (« une fois libérée de la maternité, on peut enrichir sa sexualité ») ;

5. commencer une thérapie (« il n’est jamais trop tard » pour aller chez le psychanalyste) ;

6. s’inspirer de ses aînés (garder un réseau relationnel comme les centenaires d’Okinawa, au Japon ; imiter Claude Sarraute, qui, à 82 ans, adore dire « putain de bordel de merde »).

La poignante étroitesse individualiste de pareille conception saute aux yeux. Tout comme l’étendue des activités sociales auxquelles elle ne pense même pas : transmission de savoirs et d’expériences professionnels, nouveaux apprentissages, participations bénévoles multiples à la vie publique, poursuite d’activités créatrices de (...)

 Retrouvez la version intégrale de cet article dans Le Monde diplomatique actuellement en kiosques ou mieux encore, abonnez-vous.

http://www.monde-diplomatique.fr/2010/01/SEVE/18751

Lucien Sève, Philosophe. Auteur de « Penser avec Marx aujourd’hui »(deux tomes), La Dispute, Paris.

Logo-Le-Monde-N-B-.jpg

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article