Logement intergénérationnel en Isére- 38 Rhône Alpes

Publié le par Orgris

Pour apporter une réponse au problème de pénurie et de coût du logement des jeunes mais aussi à la solitude des personnes âgées, l’hébergement intergénérationnel semble aujourd’hui une solution largement plébiscitée, dans un contexte social et économique difficile. Nombre d’associations s’engagent ainsi dans la mise en lien des seniors et des jeunes, désireux de vivre sous le même toit. En Rhône-Alpes, quatre associations (le Digi 38 - Domicile Inter Générations Isérois-, 1 toit 2 générations, Aider, et ESDE) décident de former le réseau régional LIS « Logement Intergénérationnel et solidaire » pour réfléchir ensemble mais surtout mutualiser leurs pratiques, et formaliser des modes opératoires communs.

Bilan de cette expérimentation menée en 2010 pendant 16 mois, en partenariat avec le Ministère de la jeunesse.

En réaction à la canicule de l’été 2003, une élue du Conseil général de l’Isère chargée de la solidarité avec les personnes âgées réunit un groupe de travail composé d’acteurs associatifs et institutionnels pour mesurer la pertinence et la faisabilité d’un projet de logement intergénérationnel. Après une année de diagnostic et de montage de projet (analyse des besoins et étude de la faisabilité à l’image d’autres villes universitaires comme Madrid ou Barcelone), le projet est validé. Le Digi 38, association Loi 1901, voit le jour à Grenoble en avril 2005. Fort de l'appui de nombreux partenaires issus des universités, du logement et du social (CCAS, CROUS, Grenoble Université, PACT de l'Isère, Crédit Mutuel…), le Digi 38 connaît en cinq ans une montée en charge importante, aussi bien en terme quantitatif (nombre de cohabitations) que qualitatif (engouement des protagonistes et élargissement de la demande à nouveaux publics comme les jeunes adultes isolés…). Ce constat de l’évolution des besoins en hébergement est partagé par trois autres associations de la région Rhône-Alpes, qui décident de se regrouper autour d’un projet commun pour répondre à un appel à projet lancé en 2009 par le Ministère de la jeunesse, lancé dans le cadre de la mission d’animation du fonds d’expérimentation pour la jeunesse. Le projet du réseau LIS pour le développement du logement intergénérationnel en Rhône–Alpes est retenu.

L’expérimentation du réseau LIS permet aux quatre associations de mutualiser et d’interroger leurs pratiques, en vue de consolider leur action en termes d’outillage, de communication, de suivi et de développer le logement intergénérationnel comme solution à l’autonomisation des jeunes. Elle a aussi vocation à identifier les besoins nouveaux et à formuler une boîte à outils à destination des acteurs locaux nationaux du logement intergénérationnel. Grâce au soutien d’un organisme extérieur et indépendant (l’Association d’Information et de Recherche pour l’Economie Sociale, AIRES), un bilan formalise l’ingénierie sociale et financière pour la mise en place d'un tel projet.

D’abord, il s’agit de créer un réseau d’acteurs associatifs et institutionnels chargés du repérage et de l’information des deux publics constituant le binôme hébergeur / hébergé :

- des hébergeurs (seniors, familles, actifs) repérés notamment via les mairies et les CCAS, les associations de retraités, etc.) ;

- et des hébergés (jeunes de 16 à 30 ans, étudiants, jeunes actifs en apprentissage ou en recherche d’emploi) repérés par les universités, le CROUS, les associations et établissements et services en lien avec les jeunes en recherche d’hébergement ou d’insertion sociale et professionnelle.

Ensuite, l’association en charge du projet se charge elle-même de :

- rencontrer les personnes âgées, les jeunes et d’évaluer l’adéquation de leur projet avec ce mode de vie ;

- visiter les logements et créer une relation de confiance avec l’hébergeur ;

- étudier précisément les dossiers pour que les binômes s’entendent ;

- constituer les binômes et accompagner la mise en place humaine et contractuelle de la cohabitation ;

- assurer le suivi régulier de cette cohabitation (et la médiation si nécessaire).

      Les procédures utilisées sont sensiblement identiques :

- Un dossier de demande d’inscription à remplir par toute personne intéressée par le dispositif et/ou un dossier d’adhésion reprenant tous les éléments nécessaires à la meilleure entente possible entre les deux éventuels cohabitants.

- Une Charte de la cohabitation signée par les intéressés et l’association qui confirme l’engagement moral des personnes pour une vie quotidienne de qualité et celui de l’association durant toute la cohabitation.

- Une convention constituant un engagement entre les deux parties et définissant précisément les modalités de la vie commune et la participation financière éventuelle du jeune aux frais supplémentaires générés par sa présence (on parle de « fluides », environ 50 euros par mois). Au sein du binôme, l’hébergeur offre à l’hébergé un logement décent et un cadre agréable indispensable à des études sereines, et l’étudiant une présence attentive, amicale et chaleureuse, avec un rôle de veille, voire d’alerte via la coordinatrice de l’association, ou auprès des professionnels sociaux du CCAS de la localité de la personne âgée.

- L’adhésion à l’association (pas toujours obligatoire) qui permet aux deux partenaires de bénéficier du suivi attentif de la part de l’association durant toute la période de la cohabitation. Elle permet aussi aux usagers, s’ils le souhaitent, d’être partie prenante de la vie de l’association.

     L’expérimentation a aussi permis de faire émerger des questionnements autour :

- des besoins et des aspirations des personnes : cette formule originale pourrait être généralisée et bénéficier à toute personne isolée et s’ouvrir à de nouveaux hébergeurs (familles de jeunes retraités, familles monoparentales) et de nouveaux hébergés (personnes en CDI, salariés à temps partiel, personnes adultes isolées…), ce qui pose la question de la fixation d’un cadre juridique ;

- du secteur d’activité dans lequel s’insèrent les projets : il s’agit de bien définir la frontière entre logement et hébergement et entre aide bénévole/ solidarité d’implication et soutien au maintien à domicile professionnalisé

- de la gratuité et la question du travail : peut-on considérer naturellement cet échange de services et son inscription dans le champ non marchand et non monétaire ? Peut-on considérer l’activité de l’hébergé, dans certains cas, comme un travail ?

- du droit des hébergés et des hébergeurs : la convention engage-t-elle l’association ou les parties en cas de conflit entre les parties ?

Autant de questions qui pourraient être relayées au plan national (rédaction d’une Charte nationale ou d'un label commun pour conforter une démarche de qualité de services initiée par le réseau afin de rassurer les utilisateurs…). Si l’encadrement juridique des activités et des structures reste posé, les associations ne sont pas désireuses d’une réglementation trop précise, qui pourrait nuire à l’innovation.

Mais, ce qui semble essentiel, pour la soutenabilité de tels projets et leur émancipation, c’est l’importance du portage politique et de l’implication des partenaires (notamment financiers). Par exemple, c’est grâce au partenariat inédit entre collectivités locales (le Conseil général de l’Isère et une partie des communes de « la Métro » grenobloise), que le Digi 38 a pu se déployer (montée en charge du nombre de binômes et des partenaires engagés). La mobilisation des élus locaux et d’un large réseau de partenaires issu des universités et du médico-social est donc primordiale.

      Une initiative plébiscitée par les personnes et par les institutions, pour le sentiment d’utilité sociale qu’elle procure et son impact sur la santé

La formule est exigeante pour l’hébergeur qui offre le gîte comme pour l’hébergé qui s’engage à être présent une majorité de week-ends. Mais cette initiative est plus qu’un échange : elle construit un intérêt commun au-delà de la somme des intérêts individuels (besoin de compagnie, besoin d’hébergement de chacun des membres du binôme). Il rend à la personne âgée une utilité sociale envers le plus jeune, et permet au jeune de rendre quelques services préalablement définis, sans pour autant se substituer aux aides professionnelles à domicile.

     Une évaluation du bénéfice de la cohabitation intergénérationnelle a été réalisée par le biais de questionnaires distribués aux binômes. Ils permettent de vérifier l’intérêt de cette initiative en matière de cohésion sociale dans ses dimensions autant économiques, sociales, que culturelles :

- Les bénéfices pour l’étudiant sont au-delà de l’aspect économique, moins de solitude, plus de confort, et de calme pour étudier. Et pour ceux qui sont loin de leur région voire de leur pays, ce mode de vie permet de découvrir, au-delà des économies réalisées et de la sérénité, les us et coutumes françaises en vivant à l’intérieur des familles. Ils peuvent y trouver l’affection dont ils manquent en étant loin des leurs.

- La personne âgée est quant à elle sécurisée. Il y a diminution du sentiment de solitude ce qui entraîne un impact positif sur sa vitalité et sa santé. En effet, la présence du jeune vient contrebalancer les mouvements dépressifs liés à trop de solitude. Elle peut compenser les troubles cognitifs légers, mais aussi permettre la continuité de vie dans un environnement choisi et investi. Avec le sentiment d’utilité sociale qu'il génère, ce projet redonne une place à la personne âgée et au-delà de la qualité de la relation, des bénéfices sur la santé physique (nutrition, mobilisation), psychologique (moins de repli sur soi) et intellectuelle (stimulation, échanges) sont repérés.

- Enfin les familles sont tranquillisées de savoir que leur parent est avec quelqu’un qui partage les choses de la vie courante et qui connaît leurs petites habitudes.

      Ce mode de vie promeut l’utilité sociale, dans trois dimensions :

- sur le plan sociétal, il promeut la solidarité entre les générations et "le vivre ensemble" : au-delà de l’apport personnel, le logement intergénérationnel concrétise des valeurs sociétales : il participe à la construction d'une société plus respectueuse de tous les âges en faisant évoluer les représentations par le biais d’échanges culturels, d'expériences, et de vie au quotidien ;

- sur le plan individuel, il renforce l’estime de soi, et l’autonomisation des jeunes,

- sur un plan macro-économique, il contribue à réduire certains coûts pour la société (pas d'Aide Personnalisé au Logement pour les jeunes, moins d'hospitalisation à la suite de chutes, recul de l'entrée en EHPAD pour les personnes âgées, favorisant une dynamique de territoire (complémentarité des acteurs de terrain). En 2010, le Digi 38 a participé à la création de 66 binômes soit l'équivalent d'une résidence universitaire et d'un établissement pour personnes âgées.

Dans le cadre d'un retour d'expérimentation et d'évaluation, une journée d’échange permet de rassembler 130 personnes en janvier 2011.

      Partenaire(s) :

Financiers et institutionnels : Le Conseil général, La Métro de Grenoble et les Communes de la « Métro » dont la Ville de Grenoble, Communautés de communes de Voiron, de Vizille, de la Côté St André et de St Marcellin, (la CRAM), Caisses de retraites complémentaires : Prémalliance, APISIL, RSI

Prix, aides, appels à projet : Crédit Mutuel, Conseil régional, D&O, Fondation de France

Partenaires actifs : ALERTES, H&D Conseils, CROUS, PRESS, EVE, PACT, CLARG, etc…

Info venant de l'Agence Apriles, avril 2011

http://www.apriles.net/index.php?option=com_comprofiler&task=userProfile&user=5966&Itemid=96

contact : COLOMBEL Françoise, Coordinatrice,

Domicile Inter Générations Isérois (Association DIGI 38)

1, place de Metz, 38 000, Grenoble, 04 76 03 24 18, digi-gre@wanadoo.fr

Site Internet :  www.digi38.org

           Bravo pour l'action, et bravo pour l'analyse.

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Publié dans Inter Génération

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