Les seniors s'éclatent avec leurs tablettes

Publié le par Orgris

Pour les plus de 60 ans, l'iPad semble d'un apprentissage plus simple qu'un ordinateur classique. Jacqueline Huchet n'est pas peu fière. « J'ai eu l'iPad dès sa sortie en France, pour mes 80 ans », affirme-t-elle, précisant dans la foulée : « Comme mon anniversaire est début mai et qu'à cette date...

Chaque jour, cette arrière-grand-mère de six bambins se lève à 7 heures et utilise l'iPad pour se « tenir au courant de l'actualité du monde, de Tripoli à Sarkozy ». Ensuite, elle lit ses e-mails et se consacre à ses péchés mignons : « Je suis accro aux réussites, comme le Spider Solitaire et le FreeCell, reconnaît-elle. J'ai aussi un jeu de sport cérébral que m'a trouvé un de mes enfants. »

Seul frein à sa débauche numérique : l'argent. « Je ne télécharge que les applications gratuites », précise-t-elle. Sa dernière trouvaille : les podcasts de l'émission de France Inter « 2 000 ans d'Histoire », dénichés par sa fille, qu'elle écoute avec délectation. Autre usage de son iPad, le visionnage des photos familiales. « Mes enfants les téléchargent et je peux les regarder facilement », conclut Jacqueline.

Et si les tablettes étaient la solution pour convertir les plus âgés au monde numérique en général et à Internet en particulier ? C'est ce qui semble ressortir d'une expérimentation lancée par les ministères de la recherche et de l'industrie. Elle va déboucher, mi-mars, sur un Livre blanc suggérant « quelques pistes à ceux qui veulent développer des solutions pour les seniors », précise Bernard Benhamou, délégué aux usages de l'Internet au ministère de la recherche. Moins d'un quart des plus de 70 ans ont un ordinateur à domicile. « Le PC restera toujours un outil compliqué pour une frange âgée de la population. La France est en retard par rapport à ses voisins européens et il apparaît que la tablette présente une courbe d'apprentissage beaucoup plus simple qu'un classique ordinateur. »

Pour en arriver à cette conclusion, le CNRS a suivi, depuis juin 2010, une trentaine de seniors âgés de 63 à 90 ans. Ces volontaires se sont vu attribuer des tablettes (iPad et Archos 7) et ont suivi des cours hebdomadaires. Ils avaient ensuite des devoirs à faire à la maison. L'expérimentation a permis de tirer plusieurs conclusions étonnantes. Ainsi, « les défauts techniques que les jeunes trouvent aux tablettes sont souvent des qualités aux yeux des plus âgés », constate le chercheur Claudio Vandi, du laboratoire CNRS de l'université Paris-VIII : « Les jeunes trouvent que l'iPad n'a pas assez de connectique, les seniors plébiscitent l'absence de fils dans tous les sens. » Les juniors trouvent l'iPad trop simple, les aînés « adorent l'absence d'arborescence qui permet d'ouvrir directement, en tapant sur une icône, l'application désirée », poursuit-il.

Autre bénéfice de la tablette, elle permet une posture naturelle du corps. « Les porteurs de doubles foyers lisent la tablette posée sur la table comme un livre, précise le chercheur. Ils n'ont pas besoin de soulever la tête devant un écran vertical. » Enfin, les aînés « associent une icône à une fonctionnalité. Les applications peuvent donc être facilement mémorisées ».

Cette période d'expérimentation a même permis aux chercheurs des découvertes saugrenues : « Nous recevions de mystérieux e-mails nocturnes, explique M. Vandi. Nous avons compris que les personnes âgées, qui dorment moins, avaient pris leurs tablettes au lit, comme un livre, et envoyaient des e-mails avant de se coucher. »

Quelques limites sont toutefois apparues. Ainsi, l'écran trop sensible ne permet pas à certains seniors aux gestes peu assurés de lancer l'application voulue. Ils ont également été déroutés par de mêmes fonctionnalités « représentées de façon différente. Dans certaines applications, on grossit le caractère avec un «+», pour d'autres c'est un «A». C'est source de confusion », explique le chercheur. Enfin, pour mettre à jour certaines applications, « il est nécessaire de brancher la tablette sur un ordinateur, ce qui, par définition, limite l'indépendance de l'outil pour les personnes qui n'ont pas de PC », poursuit-il.

Une chose est sûre : le chercheur conseille aux entreprises de faire tester leur matériel et applications par des plus de 65 ans. « Ils sont encore plus réactifs aux problèmes de conception que les autres, leur patience est beaucoup moins forte », s'amuse Claudio Vandi. Et la tablette répond à une considération primordiale. Ce n'est pas un produit estampillé « spécial senior », une caractéristique honnie par cette population. Les trente cobayes sont conquis. Selon M. Vandi, « ils ont tous envie de garder leurs tablettes » qui, pour l'instant, appartiennent... à l'Etat.

Laure Belot, publiéle 5 mars 2011 dans : Logo-Le-Monde-N-B-.jpg

 

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