LE SUICIDE DES VIEUX

Publié le par Orgris

LE SUICIDE DES VIEUX

Le suicide est la seconde cause de mortalité des 15-24 ans après les accidents de la circulation. 16% des décès de cette classe d’âge sont provoqués par un suicide ce qui constitue à l’évidence un enjeu majeur de santé publique. Ce qu’on sait pourtant moins, et que Michèle Delaunay vient opportunément de rappeler, c’est que le suicide des personnes âgées constitue aussi un véritable problème de société.

    Le jeune tente souvent de se suicider. Le vieux, lui, y réussit

Il y a pourtant une différence fondamentale : les jeunes tentent souvent de se suicider pour alerter leur entourage. Les vieux, eux, se suicident pour mourir. Et généralement, ils y mettent une application suffisamment consciencieuse pour ne pas se rater.[1] A 20 ans, on « tente » de se suicider. A plus de 80 ans,…on y réussit ! Preuve en est le taux d’hospitalisation pour tentatives de suicide, 10 fois supérieur à l’âge de 20 ans qu’aux âges les plus élevés.

    Une augmentation très forte du taux de suicide a partir de 75 ans

Alors que le taux de mortalité par suicide atteint 20 décès pour 100.000 hommes à l’âge de 25 ans, ce taux atteint 60/100.000 pour la tranche d’âge 75-84 ans et 124/100.000 pour la tranche d’âge supérieure à 85 ans. Un vieux de 85 ans et plus a ainsi 10 fois plus de propension à se suicider qu’un jeune de 15-24 ans. Et c’est à partir de l’âge de 70 ans que la courbe du taux de suicide entame une brusque ascension. Encore faut-il préciser que les personnes âgées atteintes du « syndrome du glissement » - perte de l’élan vital avec refus de l’alimenter conduisant en très peu de temps au décès – ne sont pas officiellement comptabilisés parmi les « suicidés ». Alors que ce syndrome y ressemble pourtant fort.

    Veuf, âge et ch'timi

Etre homme, âgé et veuf (et de surcroît breton ou ch’timi puisque la Bretagne, les Pays de Loire, le Nord et la Picardie sont les régions où l’on se suicide le plus) constituent aujourd’hui les trois principaux critères qui fondent le portrait-type du suicidé en France.

Ainsi, malgré le fait que le nombre de suicides ait très légèrement diminué au cours des 10 dernières années, il n’est pas impossible que le mouvement reparte à la hausse du seul fait du vieillissement de la population et de la plus forte propension des plus âgés à organiser et réussir, dans l’indifférence générale de la société, leur propre mort.

Car, il faut bien le reconnaître : si le suicide des jeunes interpelle la société, celle-ci se sentant responsable de l’absence d’espoir et de débouchés qu’elle a elle-même engendré pour sa propre jeunesse, elle est bien plus indifférente au suicide des vieux. Michèle Delaunay, ministre déléguée aux personnes âgées et à l’autonomie, a donc eu parfaitement raison de rappeler ce phénomène à l’opinion publique. Reste désormais, à travers un ensemble de mesures concrètes qui pourraient être contenues dans un futur « projet de loi sur l’anticipation du vieillissement de la population », de relever ce défi.

 [1] Etudes et Résultats – n° 488 – Mai 2006 – Suicides et tentatives de suicide en France – DREES – Ministère de la Santé

Publié dans Société

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