La maison de retraite en kit qui rétrécit les prix

Publié le par Orgris

Bas du formulaire

 Sol couleur bois clair, murs scandés de panneaux orange, verts, chocolat, mais aussi panneaux aimantés pour fixer dessins et photos, étagères design accueillant livres et bibelots, aides à la marche astucieusement dissimulées sur l'armoire ou le rebord du lit... Cette chambre plutôt spacieuse et fourmillant de trouvailles ergonomiques ne correspond pas vraiment à l'idée que l'on se fait d'un intérieur low cost.

Et pourtant, il s'agit bien d'une chambre témoin de maison de retraite à bas coût, même si le groupe Korian, à l'origine du projet, se défend d'une telle appellation. "Cela fait chambre au rabais, réagit le directeur général Philippe Denormandie, alors que nous avons voulu concevoir un hébergement de qualité tout simplement moins cher."

Le coût de cette maison de retraite d'un nouveau type sera d'environ 55 euros par jour à la charge de la personne hébergée, soit 1 600 euros par mois. C'est environ 700 euros de moins que le prix moyen payé mensuellement par un pensionnaire dans une structure classique du groupe.

La chambre fait 19 m2, là aussi, une surface revue à la baisse : entre 1 et 3 m2 de moins que pour une chambre traditionnelle. Elle est bâtie sur une ossature en bois, et "comme des Lego", précise M. Denormandie, elle peut s'agréger à d'autres pour former des maisons. Le procédé a été industrialisé pour que la chambre soit construite dans des usines : armoire, table et étagères déjà intégrées aux murs, le tout livré "prêt à l'emploi, la chambre devant juste être reliée à la plomberie et au courant", ajoute le dirigeant.

Deux maisons de retraite "en kit" devraient voir le jour d'ici à 2012. "Ce sera le premier test grandeur nature après deux ans de travail", explique Vincent Descazeaud, responsable du projet qui a été, marketing oblige, dénommé "Korian essentiel".

     Pourquoi une telle offre ? "Nous avons anticipé la demande des ARS (agences régionales de santé) et des conseils généraux qui, depuis quelques années, nous disent que les appels se feront désormais dans des échelles de 50 à 60 euros par jour. Le prix devient obsessionnel pour eux, précise Francis Weill, directeur communication et marketing. Il manquait dans l'offre française des établissements de qualité accessibles à des personnes ayant des retraites moyennes et qui ne bénéficient pas d'aides de l'Etat."

Pour arriver à un tel résultat, il ne s'est pas agi uniquement de réduire la taille de la chambre. "Nous avons tout remis à plat en reprenant les postes de coût un à un", explique Philippe Denormandie. Pas question, selon le dirigeant, "de toucher aux coûts des soins. Il fallait optimiser l'espace et trouver une meilleure organisation du lieu. Un pensionnaire représente en moyenne une surface mobilisée de 50 m2. Nous sommes descendus à 44."

Pour grignoter de la surface, des architectes ont été mis en concurrence. "La population n'est plus la même qu'il y a dix ans, continue le dirigeant. Avant, les personnes venaient en couple, étaient plus jeunes. Désormais, un retraité reste chez lui le plus longtemps possible. Une personne arrive à 86 ans en moyenne et présente sept pathologies. Nous sommes devenus des acteurs qui gérons les moments de fin de vie."

Pour s'adapter à cette nouvelle donne, fini les grandes salles à manger, les couloirs et les halls surdimensionnés. Ce nouveau type d'établissement rassemblera des unités de vie de 14 à 28 personnes. Pour chaque unité : une cuisine et une salle à manger. Dans la réorganisation, la lingerie (environ 25 m2) a disparu. Le service sera externalisé. Le salon de coiffure, "qui servait deux fois par semaine, sera transposé dans une salle polyvalente", indique M. Descazeaud. Exit aussi la salle de kiné, "qui était peu utilisée. Nous avons imaginé d'autres façons de mobiliser les personnes", poursuit-il.

Une réflexion avec de nombreux allers-retours. Ainsi, la salle de bains a été imaginée commune à deux chambres pendant un moment. "Mais nous nous sommes rendu compte que c'était très important pour l'intimité. Nous sommes revenus en arrière", explique M. Denormandie. En revanche, elle sera préfabriquée, en polyester moulé, réalisée par les mêmes fournisseurs que les toilettes des TGV. "C'est beaucoup plus facile à entretenir", précise-t-il. Autre sujet d'hésitation, la présence ou non d'une table de nuit. "Pour plus de praticité, nous pensions mettre une tablette déjà intégrée dans le mur, mais nous nous sommes aperçus que des personnes à mobilité réduite auraient du mal à atteindre les objets", explique M. Descazeaud. Va donc pour une table classique.

La présence ou non d'une cuisine a été aussi débattue. "Il était moins cher de se faire livrer des repas, mais la nourriture est un des derniers plaisirs de la vie, constate M. Denormandie. Nous nous sommes dit qu'il fallait mettre une cuisine par unité, pour que les résidents puissent, s'ils le souhaitent, mettre la main à la pâte." (Note Or Gris : je croyais que les règles sanitaires ne le permettait pas)

Le projet est ficelé. Dernière étape : la présentation à des associations de personnes âgées pour les derniers ajustements. Avant le réel coût d'envoi symbolisé par le dépôt du permis de construire de la première maison, à Teilleul, dans la Manche, fin mars.

Laure Belot , Article paru dans l'édition du 29.03.11 du : Logo-Le-Monde-N-B-.jpg


Les établissements pour personnes âgées

La construction. Les chantiers de construction de maisons de retraite sont attribués selon une procédure d'appel d'offres lancée conjointement par l'ARS (agence régionale de santé) et les conseils régionaux.

La gestion. 20 % des maisons de retraite en France sont gérées par des groupes privés dont le nombre est d'environ 700. Les plus importants sont Korian, Orpéa et DomusVi. 30 % d'entre elles appartiennent au secteur associatif, 50 % au secteur public.

La prise en charge. Les soins (médicaments, infirmières, ergothérapeutes...) sont pris en charge par la Sécurité sociale.
La dépendance est financée par les conseils généraux. Ce financement, de l'ordre de 4 à 15 euros par jour, dépend du degré de dépendance du patient.
L'hôtellerie (chambre, repas, animation) est à la charge de l'occupant.


http://abonnes.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2011/03/28/la-maison-de-retraite-en-kit-qui-retrecit-les-prix_1499657_3238.html

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article