La longévité, un levier pour les transitions écologique et démographique - Serge Guérin -

Publié le par Orgris

La longévité, un levier pour les transitions écologique et démographique - Serge Guérin -

 

Dans des chroniques précédentes, (voir l'info sur le blog Or Gris du 29/09/2014), j’ai tenté de montrer le lien entre la transition écologique et la transition démographique. La société de la vie plus longue invite à réfléchir différemment sur les conditions de la production de richesse et de la transmission

J’ai cherché, par exemple, à montrer : la double transition se retrouve aussi dans la question des aidants bénévoles. S’ils stoppaient leur activité, ce seraient plusieurs millions de personnes qui seraient en danger. Nécessitant, souvent, une hospitalisation avec les dépenses et les effets sur l’environnement qui vont avec. Si le travail effectué par les aidants devait être rémunéré, cela représenterait environ 164 milliards d’euros ! Cela justifie que la collectivité se mobilise. Il faut inventer des dispositifs pour les accompagner et les valoriser. L’ancienne ministre Michèle Delaunay est la première à avoir posé cela en terme de projet de Loi. Les personnes fragiles représentent la moitié de la population ! Et les autres ne sont pas assurés de ne jamais en faire partie… Nous devons entrer dans une société du care, du soin global, dans laquelle les professionnels comme les bénévoles ont un rôle d’autant plus important à jouer qu’ils ont une approche concrète des problèmes des gens. L’État doit encourager les initiatives multiples en ce sens, qu’elles viennent des particuliers, des associations, des entreprises sociales et solidaires comme privées. Ne serait-ce qu’en leur disant que ce qu’ils font est bien.

Mais nous sommes dans une société de contrôle. La prolifération des normes stérilise fréquemment les initiatives et ajoute souvent des dépenses inutiles. Dont les effets se font sentir sur les comptes publics mais aussi sur le niveau de pollution et d’utilisation de matières premières. Il faut sortir de cette culture de la norme qui stérilise toute pensée et capacité d’innovation. Je pense par exemple à un projet d’une petite commune dans la région de Tours autour de la création conjointe d’une école primaire et d’une maison de retraite. Outre l’intérêt citoyen, cette initiative permet de mutualiser certains équipements mais il faut quantités d’autorisations et de lignes budgétaires qui dépendent d’administrations différentes : un vrai parcours d’obstacles ! C’est de cela dont devraient s’occuper les politiques. Mais ils sont complètement hors sol, coupés des difficultés des gens et des réalités sociales et culturelles.

Avec l’accompagnement de la petite enfance, la principale question de santé est celle des maladies chroniques, qui sont logiquement plus fréquentes à mesure de l’avancée en âge. Les soins aux malades chroniques représentent 83 % des dépenses de santé. La encore, une approche globalisée de la longévité peut favoriser la réussite de la double transition. L’enjeu premier est d’agir sur la santé environnementale, réduire les effets désastreux des perturbateurs endocriniens, favoriser un environnement plus soutenable… Il faut repenser l’organisation des soins dans une perspective de prévention : privilégier la rémunération forfaitaire des généralistes, encourager les transferts de compétence entre professionnels de santé, tenir compte des associations de patients et des multiples moyens de s’informer à l’époque de l’internet, favoriser la télé-médecine, le télé-diagnostic etc. L’aménagement numérique du territoire fait bien corps avec la démarche vers la double transition énergétique et démographique. Encore une fois, les initiatives sont nombreuses, y compris du côté des professionnels. Il ne faut pas les brider. Il faut être innovant, voire provocateur. Par exemple, qui va dans les moindres recoins du territoire ? Les postiers. Pourquoi ne pas les former à certaines tâches de santé ? Pourquoi ne pas utiliser certaines maisons de retraite comme centres de santé pour toute la population locale ou comme centre de soutien aux aidants ? La loi sur l’adaptation de la société au vieillissement,  présentée par Laurence Rossignol devant l’Assemblée, consacre et relance le rôle des Logements-Foyers (renommés résidences autonomie). Si elles deviennent des plates-formes en faveur de la prévention, ouvertes à l’ensemble du public, là encore, on fait bouger les lignes et une société moins dépensière se trouve favorisée. Ce ne sont que quelques pistes… Cessons de repousser l’imagination au profit de corporatismes dépassés ou de normes déconnectées de la réalité.

Les politiques d’aujourd’hui pensent trop souvent en techniciens et en comptables : une mesure pour les jeunes par ci, une mesure pour les vieux par là… Une société durable implique de penser la globalité. Par exemple, l’entrée des jeunes sur le marché du travail serait certainement plus fluide, si elle était accompagnée par un soutien de salariés expérimentés qui commenceraient à se préparer à sortir de l’emploi. La belle invention sémantique du « contrat de génération » aurait pu s’inscrire dans cette optique… Il s’agit de reprendre l’idée développée dans les années 1980 par l’économiste Dominique Taddéi, proche de Michel Rocard, de « retraite à la carte ». La transition démographique passe par la valorisation de l’expérience et du savoir-faire. Des salariés expérimentés peuvent permettre de réduire les pertes et les gâchis par une meilleure connaissance des process de fabrication et par les effets de leur expérience. Là encore, on voit le lien entre les deux transitions. De même, rien n’interdit à ce que la sortie de l’emploi salarié puisse se faire à travers l’engagement volontaire dans le tissu associatif, contributeur essentiel à la soutenabilité sociale de la société. Des entreprises appuyant diverses causes et associations peuvent très bien favoriser l’engagement à temps partiel de salariés en fin de carrière.

Vieillir à titre personnel est une chance, vieillir à titre collectif offre l’opportunité de faire émerger ces transitions essentielles pour dépasser les temps de crise.

Serge Guérin

@Guerin_Serge

Professeur à l’ESG-Management School

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article