La dénutrition, un mal qui guette les personnes âgées

Publié le par Orgris

La dénutrition, un mal qui guette les personnes âgées

 

Tandis que les premières conclusions de la Commission pour la prévention de l'obésité devraient être rendues mardi 15 décembre à la présidence de la République, une autre problématique de santé publique se développe en France : la dénutrition des personnes âgées. Ce mal moins médiatisé présente pourtant des chiffres préoccupants. "La prévalence de la dénutrition chez les personnes âgées atteint 50 % dans les hôpitaux, entre 15 % et 40 % dans les maisons de retraite et de 4 % à 10 % chez les personnes âgées vivant à domicile. Environ 400 000 individus seraient concernés à domicile et entre 100 000 à 200 000 en institution." Tel est le constat dressé par le docteur Agathe Raynaud-Simon, chef de service de gériatrie à l'hôpital Bichat-Claude-Bernard lors d'un colloque sur l'alimentation des seniors organisé par l'Institut français de la nutrition (IFN). "La dénutrition a de graves conséquences sur la santé et entraîne une augmentation de la mortalité en ville comme à l'hôpital", poursuit la gériatre.

Allongement des durées d'hospitalisation, augmentation des risques d'infection nosocomiale, de chute ou d'entrée dans la dépendance, épuisement, aggravation des maladies chroniques, déficit immunitaire... Les conséquences de la dénutrition chez les plus de 70 ans fragiles ou malades sont nombreuses. Sans parler de la dépression. Le cerveau est l'un des organes qui dépendent le plus des apports nutritionnels. "Plusieurs études ont montré que le risque de démence sénile pouvait varier en fonction de facteurs alimentaires", souligne le docteur Monique Ferry, gériatre au centre de prévention de Valence. Le sentiment d'isolement ou une situation de veuvage a parfois des effets immédiats sur l'alimentation.

Bien souvent, l'appétit tend à diminuer avec l'âge, la sensation de satiété arrivant plus vite. Le vieillissement peut aussi entraîner la modification du goût et de l'odorat en raison de modifications physiologiques. D'autres facteurs (certaines pathologies, des prises de médicaments ou des problèmes dentaires) jouent également sur le poids des seniors, or "l'amaigrissement est très dangereux et très difficile à récupérer", met en garde le docteur Ferry.

"Les personnes âgées ne mangent pas toujours suffisamment pour couvrir leurs besoins", indiquait, en avril, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). En cas de dénutrition, l'agence recommande d'augmenter les apports nutritionnels conseillés (ANC) à hauteur de 40 kcal par kg par jour et 1,5 g par kg et par jour de protéines. Dans tous les cas, l'exercice physique reste bénéfique pour les personnes âgées fragiles, rappelle l'Afssa.

Par ailleurs, les personnes âgées sont invitées à suivre les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS). "Les aliments riches en énergie et en protéines peuvent être privilégiés", souligne le Dr Raynaud-Simon, qui préconise en outre d'enrichir l'alimentation avec des produits de base : lait concentré entier, beurre fondu, crème fraîche, pâtes, semoule, etc. "Le calcium, la vitamine D et les protéines permettent de lutter contre la diminution de la masse osseuse (ostéoporose)", ajoute le docteur Monique Ferry. Il est aussi très important de s'hydrater correctement, ce qui implique de "boire sans soif", car la sensation de soif diminue avec l'âge.

Mais il n'est pas toujours facile de préparer les repas et de conserver le plaisir de manger, surtout quand la convivialité fait défaut. Une aide technique ou humaine peut s'avérer utile, d'où l'importance du rôle de l'entourage, le recours à une aide ménagère ou la solution du portage de repas à domicile.

Le réfrigérateur est un bon indicateur de l'appétit des seniors. Charles-Henri Rapin, médecin gériatre, décédé en juillet 2008, s'était proposé d'utiliser le frigo comme sonnette d'alarme des carences alimentaires. Son étude "In frigo veritas", publiée dans la revue médicale The Lancet, montrait une corrélation entre le contenu du frigo et la fréquence d'hospitalisation. "Sur les treize personnes dont le frigo était vide, cinq ont été hospitalisées dans le premier mois suivant le constat", pointait notamment cette étude.

Il apparaît donc fondamental de mettre en place des stratégies de prévention. Les médecins généralistes y jouent un rôle de premier plan de même que les professionnels entourant les personnes âgées : infirmiers, diététiciens, aides-soignants, aidants à domicile. Une perte de poids doit toujours alerter. D'autant plus que, souvent, les gens qui ne mangent pas ne parlent pas. Hippocrate ne disait-il pas "tu feras de l'alimentation ta première médecine". Ce précepte s'applique à tout âge.

Pascale Santi, article publié dans le Monde du 15/12/2009          Logo-Le-Monde-N-B-.jpg


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