L'association Habiter autrement à Besançon veut aussi construire un « projet de vie » - 25 Franche Comté

Publié le par Orgris

 

La hantise de Gilles Picouet ?  « L'immeuble, ghetto de bobos. »

 A 43 ans, Gilles et sa femme Estelle se sont engagés dans un projet d'habitat groupé coopératif, à Besançon. Propriétaires d'une maison à la campagne, l'envie de se rapprocher du centre-ville les pousse, au printemps 2007, à « regarder les différentes possibilités d'habitat ». Sur les conseils d'un ami, Gilles assiste à une réunion d'information sur le logement coopératif. Ce plasticien, enseignant à l'école des Beaux-Arts, est alors attiré par « l'idée de construire non seulement un habitat, mais aussi un projet de vie ».

En deux ans, la réflexion a bien avancé. Réuni dans l'association Habiter autrement à Besançon (HAB), le petit groupe du départ s'est élargi à une vingtaine de familles. Réunions régulières, visites de coopératives suisses et allemandes pour voir « in vivo comment cela pouvait fonctionner », rencontres avec d'autres porteurs de projets, contacts avec des bailleurs sociaux et des élus : les membres de l'association ont déjà consacré plus de 3 000 heures de travail à leur « bébé ». « Les membres les plus actifs sont souvent des couples sans enfants comme nous ou des retraités, qui ont du temps pour s'investir, raconte Gilles. Mais nous travaillons à élargir le groupe et à le diversifier de manière à avoir une réelle mixité de population. »

     Parcours de combattant

Sortir de l'entre-soi, c'est aussi la motivation première de Monique Bouchard, 66 ans. Propriétaire d'une maison individuelle avec jardin dans un quartier bourgeois de Besançon, cette retraitée de l'éducation nationale en « avait assez des murs de 2 mètres de haut derrière lesquels chacun se barricade ». Par hasard, sans connaître personne, elle est allée assister à une réunion d'Habiter autrement à Besançon. Elle en est depuis devenue une membre active, décidée à tenter « l'aventure du vivre ensemble, chacun chez soi ». D'ici trois ou quatre ans, elle espère emménager dans un logement écologique situé sur le site de la caserne Vauban, proche du centre-ville.

Le collectif est en tractation avec la municipalité pour pouvoir acheter dans cette zone en cours d'aménagement une parcelle à un prix raisonnable. L'office départemental de HLM, Habitat 25, s'est engagé à coconstruire le bâtiment avec HAB.

Pour autant, le parcours du combattant n'est pas fini. Les futurs habitants doivent notamment trouver les modalités statutaires et juridiques pour pouvoir fonctionner sur le modèle démocratique d'une personne, une voix, quel que soit l'apport initial, qui variera selon les possibilités de chacun.

« Cette formule nous permettra d'intégrer des personnes âgées isolées et des familles relevant habituellement du logement très social », précise Gilles Picouet. Le projet prévoit aussi que l'habitat puisse se moduler en fonction de l'évolution des familles. Echanges de services, espaces communs, activités solidaires ouvertes à tous les habitants du quartier... le collectif bouillonne d'idées. « C'est une aventure stimulante, s'enthousiasme Monique Bouchard. Beaucoup plus que de se dire que l'on va vieillir tout seul entre son chat et sa télévision. »Logo-Le-Monde-N-B-.jpg

C. Rollot, Article paru dans le Monde du 29.12.09

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