L'âge et le vieillissement, une question de genre ?

Publié le par Orgris

 « L'âge et le vieillissement, une question de genre ? »par Juliette Rennes,

Une séance organisée par l’Institut Emilie du Châtelet dans le cadre du séminaire 

« Sexe et Genre : pour un dialogue interdisciplinaire au carrefour des sciences de la vie et des sciences humaines »

Juliette Rennes est maîtresse de conférences à l'EHESS,

membre du GSPM (Groupe de sociologie politique et morale)

Le séminaire aura lieu le jeudi 30 juin 2011

de 14h à 16h30 au Jardin des Plantes,

Amphithéâtre de Paléontologie, 2 rue Buffon, 75005 Paris (métro Austerlitz ; autobus 91).

informations scientifiques (les organisatrices) Evelyne Peyre, Joëlle Wiels, Nicole Mosconi

peyre@mnhn.fr ; wiels@igr.fr ; nicole.mosconi@wanadoo.fr

informations pratiques : 01 40 79 53 63iec@mnhn.fr

Institut Emilie du Châtelet

Muséum national d'Histoire naturelle, 57 rue Cuvier - C.P. 22 - 75005 Paris

iec@mnhn.fr, http://www.mnhn.fr/iec, 01 40 79 53 63


et pour vous mettre en appétit, voilà ce qui a été trouvé sur le blog de MediaPart :

   Après les grands combats consacrés aux femmes en âge de travailler et de procréer, le temps est venu d'inclure les plus âgées –plus nombreuses chez les demandeurs d'emplois, plus souvent célibataires– dans les luttes féministes. A chaque âge ses fragilités.

Par Rose-Marie Lagrave et Juliette Rennes, universitaires.

  "Croiser deux générations féministes et deux voix –l'une qui a pris la parole dans les années 1970 quand l'autre s'est exprimée dans la décennie 2000– n'est pas de trop pour penser l'articulation entre inégalités de genre et inégalités liées à l'âge. Question féministe s'il en est, mais impensé du féminisme aussi. Si des solidarités entre femmes ont pu se forger au sein des luttes malgré des clivages de classe, de couleur de peau, d'orientation sexuelle, subsiste cependant une variable discrète et ô combien discriminante : l'âge. Cet âge exhibé ou maquillé est l'une de ces inégalités multiples dont on parle rarement entre femmes, comme on dit. Comment ne pas voir pourtant que les effets croisés de l'âge et du genre sont sources de clivages entre générations de femmes, y compris entre féministes ?

              Dans le monde du travail, la concurrence intergénérationnelle suscitée par la rareté de l'offre concerne les deux sexes, mais une fois à la retraite, les femmes, en raison de carrières plus courtes, plus discontinues et moins rémunératrices, ont un niveau de retraite de 40% inférieur à celui des hommes. Dans la quête de partenaires amoureux et sexuels, les femmes, quand elles vieillissent, sont également exclues sous une forme plus brutale que les hommes, ce qui conduit à une compétition objective et une rivalité subjective entre vieilles et jeunes. Comme le montrent les enquêtes les plus récentes sur la vie sexuelle en France (Nathalie Bajos et Michel Bozon, 2008), les hommes, en vieillissant, ont statistiquement plus de chances que les femmes d'accéder pour un jour ou pour la vie à des partenaires plus jeunes. Ainsi, 37% des femmes entre 60 et 69 ans n'ont pas de partenaire, pour seulement 16% des hommes de cette tranche d'âge.

              Corrélativement, dans les représentations dominantes, les femmes d'âge avancé sont au mieux «bien conservées» par rapport aux canons de la beauté féminine fondés sur la jeunesse. Celles qui ne cachent ni leur vieillesse ni leur désir tendent à susciter répulsion et déconsidération, tandis que les «vieux beaux» restent mieux admis dans la course à la séduction. Et si la détention d'une position de pouvoir  peut contribuer à érotiser le corps des hommes mûrs, ce processus fonctionne  plus rarement pour les femmes. Cette perception différenciée des corps vieillissants a pu faire l'objet de questionnements et de subversions artistiques, mais elle n'a été que marginalement prise en charge  dans  le militantisme féministe.

Depuis 40 ans, à l'exception notable des combats pour la défense des retraites, ce sont surtout les femmes en âge de procréer et de travailler qui ont constitué l'étalon des grandes luttes, que ce soit pour l'égalité professionnelle, la libre disposition du corps ou le contrôle des maternités. La revendication «mon corps m'appartient» serait-elle devenue caduque et impuissante face aux corps non féconds, aux corps plus vulnérables ? Cette question souvent occultée dans des luttes concrètes n'en travaille pas moins en profondeur le monde social : l'engouement public et médiatique pour l'initiative des Babayagas, ces femmes octogénaires qui ont obtenu en 2009 un permis de construire pour fonder une maison de retraite autogérée, est là pour en témoigner. Il serait pourtant dommage  que les effets d'âge et de génération reconduisent, chez les plus jeunes, le silence féministe sur la question du vieillissement. À rebours des visions enchantées de la jeunesse et des approches misérabilistes de la vieillesse, c'est la vulnérabilité et la fragilité à tous les âges de la vie qu'il s'agirait de prendre en considération : la jeunesse ne devrait pas être obligatoirement le temps de la performance et de la concurrence, pas plus que la vieillesse celui du repos, de la sagesse ou de l'isolement."

Rose-Marie Lagrave, directrice d'études à l'EHESS


Juliette Rennes, maître de conférence à l'université Lyon 2.

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/050310/les-vieilles

 

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