Je partirai à la retraite quand je l'aurai décidé.

Publié le par Orgris

Je partirai à la retraite quand je l'aurai décidé.

VOUS PENSEZ réellement que la génération de jeunes actifs découvre aujourd'hui que la retraite à 60 ans ne sera pas pour elle ? », questionne Gaëlle Jacquier, une Parisienne de trente ans. Une colère mêlée de fatalisme, représentative de l'état d'esprit des 25-40 ans interrogés par Le Monde, très nombreux à penser qu'ils ne connaîtront jamais la retraite dans les mêmes conditions que celles dont a bénéficié la génération des « papy-boomers », née dans l'après-guerre et qui jouit massivement d'une retraite à taux plein.

Après la présentation du projet de loi de réforme des retraites par Jean-Marc Ayrault, mardi 27 août, beaucoup expriment leur « indifférence » et leur « lassitude » face à ce énième texte dont ils pressentent qu'il sera suivi de tant d'autres d'ici à leur arrivée à l'âge d'arrêter de travailler. La réforme voulue par le premier ministre prévoit un allongement de la durée de cotisation à partir de 2020, pour atteindre quarante-trois ans en 2035. Une fois de plus, disent-ils, ce sont eux qui vont payer la facture pour une génération qui a déjà connu le plein-emploi et l'accès facile à la propriété. Une « injustice ».

Certains y voient, plus qu'une problématique financière, l'effritement d'un modèle de société où les retraités occupent une place importante. Alexis Duchesne, un ingénieur en physique âgé de 25 ans, qui donne de son temps libre au Secours populaire, regrette déjà de n'être « probablement plus capable à 70 ans de faire [son] «travail» de retraité » : s'engager encore plus dans le monde associatif. « Ce sont les retraités qui les tiennent bénévolement, parce qu'il faut du temps et de l'énergie », explique-t-il. Pour lui, à travailler pendant la soixantaine, « on va perdre du lien social et en qualité de vie, car ce sont des années où l'on peut encore être efficace, pour soi-même et pour les autres ».

Comment faire, alors, pour connaître à son tour cette heureuse période ? « Je partirai à la retraite quand je l'aurai décidé, et non à un âge imposé ! », espère Pierre Waeckerlé, ingénieur parisien de 26 ans. « Mes grands-parents voyagent depuis qu'ils sont à la retraite. Je n'attendrai pas. Si j'en ai envie, je prends une année sabbatique et je pars », anticipe-t-il. Lui en a la certitude, il ne faut pas compter sur le système actuel pour s'assurer d'une retraite, qui « recule à mesure qu'[il] avance ».

Il s'agit de mettre en place des stratégies financières qui permettront de « limiter la casse » arrivé à l'âge de la retraite. « Je l'envisage comme une somme de revenus divers : placements, produits d'épargne, revenus locatifs, travail à la mission... Je multiplie les solutions de repli », confie-t-il.

Il n'est pas le seul. Nombreux sont les témoignages de jeunes actifs qui pensent être lésés par cette nouvelle réforme et qui ont décidé de se constituer leur retraite, en épargnant ou en tentant d'accéder, plus tôt que prévu, à la propriété.

Louis-Marie Saublet, un Nancéen de 25 ans, a ouvert un compte d'épargne et y injecte, tous les mois, 40 % de son premier salaire, soit environ 800 euros. « Faire travailler mon argent plutôt que travailler moi-même », affirme le doctorant en génie électrique. Pour lui, « à partir de 60 ans, ce n'est plus un âge pour travailler ». « Autour de moi, quand j'en parle, on me dit que je suis fou, que je devrais profiter de ma jeunesse. Mais, vu les perspectives, je préfère économiser autant que je peux. »

Avec cette réforme des retraites, d'autres internautes affirment avoir mené une réflexion sur leur rapport au travail. « Cela me donne plus de liberté pour aller travailler à l'étranger, car je n'ai plus à réfléchir à autre chose qu'au jour le jour », confie Virginie Caplet, une designer de 31 ans.

Utopie, pour une génération qui ne croît plus que cotiser pour sa retraite a encore un sens ? Certains assurent se donner plus de liberté pour se reconvertir dans un domaine qui leur plaît davantage. Abandonner le choix de la sécurité de l'emploi, qui ne paie pas, au profit du plaisir.

« Si on veut encore bien de moi dans une entreprise ! Soyons réalistes, où sont les cadres seniors ? », interroge Dorothée C., une juriste de 30 ans. Comme elle, les 25-40 ans restent très critiques vis-à-vis des politiques d'entreprise qui ne donnent plus, selon eux, leur chance aux seniors. Dorothée envisage déjà cette période où le chômage frappe durement comme une « sorte de longue préretraite ».

Mélanie Rigault, 39 ans, entend « mieux profiter du temps présent » et « trouver un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle ». « S'épargner plutôt qu'épargner », résume cette responsable de communication, pour qui les plus diplômés - qui entrent de plus en plus tard dans la vie active - seront parmi les plus lésés. « Je dirai à mes enfants que bac + 3, c'est suffisant », ajoute-t-elle.

Parmi la masse des mécontents, une poignée d'optimistes témoignent du bien-fondé et de la « logique » de la réforme des retraites. « Au vu de l'espérance de vie qui s'allonge, je trouve ça normal. Et puis, je m'imagine mal à la retraite », dit un dessinateur de 35 ans, qui souhaite se faire appeler Ano Pioton. « L'état dans lequel je serai à 70 ans équivaudra à 60 ans aujourd'hui. »

 

Shahzad Abdul, Article paru dans l'édition du 05.09.13 de Logo-Le-Monde-N-B-.jpg

Pour une retraite active

Lettre parue dans Le Monde du 16 septembre

Né en 1940, et allant donc – plutôt vaillamment pour le moment… – sur mes soixante-treize ans, j’ai été consterné par la vision étonnamment pessimiste des jeunes gens interrogés sur leur inéluctable vieillissement dans l’article Shahzad Abdul  « Je partirai à la retraite quand je l’aurai décidé » ( Le Monde du 5 septembre 2013). Ainsi, je voudrais dire au jeune Alexis Duchesne (25 ans) qu’à 70 ans il sera parfaitement en mesure d’assurer tout le bénévolat qu’il lui plaira, à l’image des quelque 2 500 seniors de l’association de l’Entente de Générations pour l’Emploi et l’Entreprise (EGEE) dont je suis un des représentants nationaux et dont l’âge médian tourne autour de 65/70 ans, et beaucoup plus pour certains.

Dire aussi à Louis-Marie Saublet (25 ans) qu’à 60 ans, on est en pleine forme physique, morale et intellectuelle et que vouloir en faire une sorte de barrière infranchissable à toute activité professionnelle est un non-sens ! Lui-même, pour peu qu’il fasse un peu attention à sa ligne, en supprimant «< macdo » et Coca et qu’il arrête de fumer (comme deux jeunes sur trois, hélas de nos jours) il sera un sexagénaire en pleine forme.

Enfin, je rassure Ano Pioton (35 ans) : non seulement dans trente-cinq ans d’ici, il sera, à 70 ans « comme un homme de 60 aujourd’hui », mais qu’il sera plus près d’un jeune homme de 50 voire de 45 ans.

A soixante-douze ans sonnés, je consacre un bon mi-temps à mon association, je fais sans problème trois parcours de golf par semaine, je joue à l’occasion au tennis et au badminton avec mes petits-enfants. Et savez-vous quel a été mon dernier achat relativement important ? Une grosse voiture ? Une résidence secondaire à la mer ? Un déambulateur avec perfusion intégrée ? Que nenni ! C’était, en mai dernier, une Gibson JS 200. La photo est sur ma page d’accueil Facebook.

Roger Solomé, Paris, publié le 16 septembre dans le courrier des lecteurs du Monde

 

Publié dans Retraite

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