En Côte-d’Or, les seniors soignent leur équilibre

Publié le par Orgris

En Côte-d’Or, les seniors soignent leur équilibre

Quand Marie-Thérèse avoue son âge, ses copines ne peuvent cacher une certaine admiration : « 75 ans ? Bravo. » Pour la deuxième fois en quelques années, ce petit bout de femme à laquelle on donne dix ans de moins participe à un atelier « équilibre » organisé par la caisse d’assurance-retraite et de la santé au travail (Carsat) de Bourgogne Franche-Comté, avec le soutien de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes).

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En cette matinée de fin d’année 2014 à Fénay, commune de 1 500 habitants à la périphérie de Dijon, démarre la cinquième séance d’une session de dix. A raison de trois quarts d’heure à chaque fois, les quatorze participants seniors, douze femmes et deux hommes, commencent à acquérir quelques réflexes. « On ne se redresse pas par le dos, mais par les jambes », répète l’animatrice, Marie-Pierre Grimard, à une participante qui se précipite, dos cassé, pour ramasser une balle. La « position du chevalier » pour se baisser et se relever fait partie des échauffements : pied décalé en avant, on plie les deux jambes en même temps et on prend appui sur elles pour se relever. « Je ne me suis jamais autant agenouillée », s’amuse l’une d’elles. Pour corser l’exercice, l’animatrice invite à faire ces génuflexions tout en marchant. « Prenez votre temps, sinon vous allez vous retrouver en cardio », plaisante-t-elle, observant que certaines d’entre elles s’essoufflent.

Marcher sans chaussures fait aussi partie de la prise de conscience de son corps. « Sentir l’appui de la plante de pied sur le sol et bien dérouler la cheville apportent stabilité et assurance », commente l’animatrice. Une nouvelle plaisanterie témoigne de l’ambiance décontractée : « Mais votre atelier, c’est de la pub pour les chaussettes ! » Au bout d’une dizaine de minutes, vient maintenant le moment de travailler l’équilibre. Les deux pieds sur une petite poutre en plastique d’une dizaine de centimètres de hauteur, il s’agit de rester stable le plus longtemps possible. Plus loin, un chemin de poutres posées les unes devant les autres simule une succession d’obstacles à franchir. Ailleurs, une corde tendue enseigne les réflexes du funambule… au ras du sol. La « toupie renversée » est de loin l’exercice le plus difficile : le coussin gonflable parsemé de picots provoque de larges sourires de satisfaction ou des grimaces d’inquiétude. On se soutient les uns les autres pour ne pas glisser. Chacun circule à son rythme d’un atelier à l’autre. A la fin de la séance, Marie-Pierre Grimard présente le programme de la semaine suivante. Elle apprendra à se laisser tomber sur un épais tapis de mousse, puis à se relever, en simulant une jambe ou un bras blessés, jusqu’au téléphone pour appeler les secours. Un test en clôture des ateliers lui permet d’affirmer que la plupart des participants quittent l’atelier en sachant se relever. Des statistiques confortent cet objectif : sur quelque 2 millions de chutes par an chez les plus de 65 ans, une fois sur deux, la personne ne peut se relever seule. La peur de tomber est de loin la première motivation des participants aux ateliers « équilibre », surtout lorsqu’ils ont déjà vécu un accident domestique.

Jusqu’à maintenant, Martine, 63 ans, et Aline, 69 ans, s’en sont sorties pas trop mal, sans doute grâce à la pratique régulière d’une activité physique. Elles se sentent solides sur leurs jambes, et pourtant, elles redoutent une nouvelle chute. « Raide comme un bout de bois » et souffrant d’un mal de dos récurrent, Monique, 66 ans, appréhende avant tout de se faire mal. Monique prend les consignes de l’animatrice à cœur : « Elle nous suggère des exercices faciles à faire à la maison, en accompagnement des gestes de la vie quotidienne, ça donne confiance en soi. »

Des ateliers comme ceux-ci, la Carsat en organise une centaine par an en Bourgogne et en Franche-Comté. Un millier de personnes y prennent part, informées de cette initiative lors des réunions publiques qui se déroulent aussi bien dans les quartiers urbains que dans les petites communes. « Les comités d’action sociale et les maires nous aident à détecter les personnes isolées qui sortent peu de chez elles », précise Nathalie Jacotot, responsable du département action sociale à la Carsat. Accessibles à partir de 55 ans, les ateliers « équilibre » attirent principalement des personnes de plus de 70 ans. Une chute domestique motive le plus souvent l’inscription (d’un montant de 20 euros). « La majorité des chutes sont bénignes, mais c’est un véritable traumatisme psychologique qui entraîne un cercle vicieux : par peur de tomber, la personne diminue ses activités, perd confiance en elle, et la réduction de ses capacités physiques augmente le risque de chute », explique le docteur Béatrice Tavernier, gériatre et fondatrice, il y a vingt ans, du programme « équilibre, où en êtes-vous ? ».

Pilotée avec la Mutualité française Bourgogne, l’instance régionale d’éducation et de promotion de la santé, la direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale et le CHU de Dijon, cette action de prévention a essaimé depuis dans d’autres régions. En Bourgogne et en Franche-Comté, la Carsat l’intègre désormais à un programme global de santé des seniors au côté d’ateliers sur la mémoire, l’alimentation, la prise de médicaments et le sommeil. Permettre aux seniors de rester le plus longtemps chez eux est aussi une préoccupation économique pour les différents acteurs du projet : une journée d’hospitalisation et d’examens coûte 1 000 euros.

Logo-Le-Monde-N-B-.jpgLE MONDE SPORT ET FORME | 08.01.2015

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