Cuisine des aidants : une pause qui fait recette 59 Nord

Publié le par Orgris

Afin de soutenir les aidants familiaux fragilisés par un quotidien souvent lourd, les élèves du lycée technologique privé Depoorter, à Hazebrouck (Nord), accueillent une fois par mois une dizaine de couples aidant-aidé pour un atelier de cuisine. Certains jeunes passent l’après-midi aux fourneaux avec les aidants, les autres proposent des animations aux personnes malades. Une initiative intergénérationnelle initiée par la Mutualité sociale agricole du Nord-Pas-de-Calais, les Centres locaux d’information et de coordination (CLIC) des Géants de Flandre, des cantons de Bailleul et Merville, et l’association Bien-Être d’Hazebrouck, primée par la Fondation de France et plébiscitée par tous les participants.

En France, 4 millions de personnes aident un proche handicapé ou fragilisé par une maladie en grande partie due à l’âge, comme la maladie d’Alzheimer. Ces aidants, principalement des femmes, jouent un rôle majeur pour la société mais sont paradoxalement souvent à l’écart de la scène sociale. La multiplication de ces situations, entre sphère privée et responsabilité publique, invite à améliorer la lisibilité de l’offre de service ou développer des initiatives qui vienne prendre le relais de cette solidarité naturelle, inscrite dans le code civil et ancrée dans les territoires et les familles.
C’est l’enjeu du Programme de « Soutien aux aidants familiaux sur leur territoire de vie » impulsé par la Caisse Centrale de la Mutualité sociale agricole en 2009. Dans ce cadre, la Mutualité sociale agricole du Nord- Pas-de-Calais a réunit l’ensemble des partenaires (Clic, services à domicile), pour questionner la manière de mieux repérer les aidants, de les toucher et de susciter leur intérêt. Les discussions aboutissent à une enquête menée auprès des aidants sur six territoires pendant cinq mois. Grâce à l’aide de nombreux partenaires (Clic, SSIAD, professions médicales et paramédicales, centres mémoires, etc.), 240 aidants habitants des cantons de Bailleul, Merville et d’Hazebrouck ont pu être interviewés sur qui ils sont, l’aide qu’ils apportent, les difficultés qu’ils rencontres et leurs attentes. C’est lors de la réunion de restitution des résultats de l’enquête que l’idée d’un atelier de cuisine au lycée pour le couple aidant-aidé est née, à l’initiative d’un professeur, par ailleurs président d’une association d’aide à domicile et d’une association d’accueil de jour pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
        Une condition préalable : la connaissance approfondie et partagée du public-cible1
Outre les chiffres fournis par la statistique nationale ou départementale, les résultats de l’enquête menée par la MSA ont révélé des situations très hétérogènes concernant le profil des aidants et des aidés2 , la vie sociale des aidants familiaux et de leur conjoint ou proche atteint d’une maladie d’Alzheimer ou apparentée. Les aidants expriment leur satisfaction de s’occuper de leur proche. Mais, souvent isolés et confrontés à une peur de l’avenir3 , ils manifestent majoritairement avec le temps :
- le besoin d’un soutien au quotidien où l’emploi du temps est fortement contraint par la succession des interventions au domicile pour la prise en charge de la personne.
- le besoin de reprendre plaisir à faire les choses, comme préparer la cuisine ou faire du jardinage.
- le besoin de préserver un lien social et des activités pour soi ou avec l’autre (la personne malade), chemin de la reconnaissance.
C’est ainsi que plus de la moitié des aidant expriment le désir de participer aux actions proposées et laissent leurs coordonnées (59%).
        Renouveler la solidarité pour soutenir le couple aidant-aidé : l’atelier de cuisine au lycée
Le couple ou la dyade aidant-aidé est accueilli une fois par mois au lycée pour un atelier cuisine. Une après-midi au cours de laquelle les jeunes du lycée et le couple aidant-aidé partagent un moment de détente. L’activité est menée par les lycéens de terminale en section CAP « agent technique en milieu familial et collectif ». Certains passent l’après-midi aux fourneaux avec les aidants, les autres proposent des animations aux personnes malades. La salle d’accueil est décorée par les élèves, qui proposent un thème différent d’une fois sur l’autre. La semaine qui suit l’atelier, un retour sur expérience permet aux élèves d’échanger avec leur professeur et parfois le psychologue autour des difficultés, mais aussi des avancées. Et de préparer l’atelier suivant.
Une initiative que les participants et les jeunes apprécient particulièrement, pour la convivialité des échanges autour de la cuisine, qui est un support universel de la relation. Les jeunes aiment ce temps de partage avec les adultes et développent aussi leurs compétences d’accompagnement. Les malades qui viennent sont soutenus par les jeunes dans une ambiance simple et sereine.
Pour participer, une simple inscription sur un formulaire disponible auprès des partenaires et une confirmation de la participation avec l'envoi des ingrédients suffit. La contractualisation avec les usagers n’a pas été jugée nécessaire.
      Bien s’entourer dès le démarrage : l’inscription dans un réseau local
Dès le démarrage, les membres du comité de pilotage initié par la MSA ont diffusé l'information auprès des partenaires opérationnels, institutionnels et financiers potentiels (Mairies ou Centres Communaux d’Action sociale, CLIC, Services infirmiers à domicile, caisses de retraite, associations spécialisées). Un certain nombre d’entre eux contribuent ainsi fortement au fonctionnement quotidien du service ou à le faire connaître, en particulier le CLIC des Géants de Flandre, les assistantes sociales MSA et l'association Alz Alliance (Accueil de Jour Alzheimer) bénéficiant d’une bonne connaissance du terrain. Ils sont amenés à repérer les personnes en situation de fragilité et d’épuisement. Ils peuvent proposer aux aidants et à leur proche dépendant, quelle que soit sa pathologie, de se joindre à cet atelier.
La presse et une radio locale ont relayé l’information. Cette inscription de l’initiative dans un réseau de partenaires a contribué à sa crédibilité auprès des familles et à sa légitimité auprès des acteurs du secteur médico-social.
     L’importance de la qualité de l’encadrement
L’encadrement de l’atelier est réalisé par deux assistantes sociales de la MSA, un animateur de l’accueil de jour, parfois un psychologue, et le professeur responsable, par ailleurs président d’une association d’accueil de jour pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Il est important de noter que le personnel d’intervention est un personnel en formation sociale autour des compétences et des savoir-faire de l’accompagnement dans l’optique d’une prise en charge adaptée au public des personnes fragilisées ou désorientées.
Le psychologue est un facilitateur de la parole. Il peut permettre le démarrage d'un échange entre les binômes pour lesquels l’échange est difficile. Il propose aussi des temps d'écoute si ce besoin s’exprime.
       Principaux facteurs de réussite
L’ouverture d’esprit, l’humour et la simplicité de ces moments partagés permet de contribuer à la reconnaissance du rôle essentiel des aidants pour la société, en passant d’une vision du « pauvre aidant sous le poids du fardeau de l’aide », à l’aidant conservant son lien initial à l’autre et à la société et à un changement de regard que les jeunes portent aux personnes âgées ou malades. Les principaux facteurs de réussite sont :
- l'implication des élèves dans la programmation de la séance, fortement ressentie par le couple aidant-aidé ;
- une séparation physique entre aidants et aidés sinon la préoccupation reste trop présente.
- l’ouverture de l’activité à de nouvelles personnes (éviter l’appropriation de l'action par un groupe d'aidants).

Impact(s) :
- Apport réciproque : les aidants se réjouissent de pouvoir échanger et de faire une activité avec leur proche dépendant. Les jeunes progressent dans leur savoir-être et le savoir-faire et découvrent leur capacité à rassurer la personne malade, à comprendre son comportement, à susciter la communication (verbale ou non verbale). Leur engagement est valorisé, notamment par la remise officielle du prix décerné à la Mairie d'Hazebrouck par la Fondation de France.
- Ouverture de l’atelier aux grands parents des lycéens.
- Travail d’écriture autour d’un livre de recettes avec les photos de l’année scolaire 2010-2011.

Partenaire(s) :
Opérationnels:Centre Local d’Information et de Coordination (CLIC) d’Hazebrouck, CLIC des Géants de Flandre, CLIC des cantons de bailleul et Merville, Association Bien-être d’Hazebrouck, Lycée technologique privé Depoorter, MSA Nord Pas de Calais
Financiers: Fondation de France lors de l’appel à projet de la Semaine Bleue 2010 : 1050 €, Caisse d'Assurance Retraite et de la Santé au Travail : psychologue; ROTARY-CLUB Hazebrouck Merville (à venir)
Institutionnels:Municipalité d'Hazebrouck

Moyens : Humains : enseignant, travailleurs sociaux, animateur accueil de jour, (psychologue).
Matériels : Pour que l’initiative perdure, les porteurs du projet ont voulu limiter les coûts au maximum, en demandant la contribution : des aidants, qui apportent les ingrédients à 90% ; de la MSA et des associations qui assurent les déplacements depuis le domicile des aidants, et apportent certains ingrédients de base,  de l’établissement qui met à disposition des locaux et prend en charge la consommation électrique (cuisine pédagogique et salle d’accueil).
Budget :
500 € environ la séance (matériel d'animation soit 1,5 € par séance et par aidé, coût du transport - véhicule TPMR et chauffeur, variable selon le circuit de ramassage -, valorisation du temps salarial).

Publié dans APRILES de mai 2011

 


1/ Lire à ce sujet le Guide méthodologique élaboré par Enéis Conseil, en partenariat avec la CNSA et la DGCS, « Formules innovantes de répit et de soutien des aidants : guide pratique à destination des porteurs de projets », à paraître.
2/ Enfants, belles-filles ou beaux-fils à 51%, conjoint à 38%, familles 9%, et amis 3%, ces aidants sont inactifs à 98% quand ils sont les conjoints de la personnes aidée et à 58% le reste du temps. Ils sont le plus souvent des femmes (71%), ils ont 58 ans en moyenne, sauf conjoint (75 ans en moyenne). La personne aidée, quant à elle, vit à son domicile (76%), en établissement (14%), chez l’aidant (9%). L’aidant a moins de 10km à parcourir pour rejoindre la personne aidée dans 80% des cas. Résultats disponibles chez le porteur d’action.
3/Les aidants apportent un soutien quotidien (73%), depuis plus de 5 ans (70%) et pour des actes touchant souvent à l’intimité de la personne. Absence d’autre aidant naturel dans plus de la moitié des cas, 12% sans intervenant professionnel, et 7% sans aucune autre aide. Sur le profil des intervenants et la nature de l’aide apportée, résultats disponibles chez le porteur d'action.

 

Publié dans Inter Génération

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