Comment gérer le vieillissement ?

Publié le par Orgris

 

D'ici à 2040, le chiffre des plus de 75 ans sera multiplié par 2,5. Maltraitance, retraite, isolement réclament une attention et une solidarité nouvelles, à l'heure où la génération du baby-boom prend de l'age

Les plus de 75 ans sont de plus en plus nombreux. Mais le problème n'est pas que comptable

Les effets du vieillissement de la population sont dramatisés par la crise économique qui contribue à creuser des déficits d'une ampleur inédite dans les systèmes de protection sociale. Mais cette situation ne doit pas masquer l'importance et la pluralité des enjeux du vieillissement, qui ne se réduisent pas à des questions comptables.

L'urgence de tels problèmes peut être au contraire l'occasion de réflexions de fond sur les conséquences du vieillissement, d'une révision profonde du traitement de l'âge dans notre société, de débats publics sur la vie au travail, la santé, la dépendance, la fin de la vie... Les déficits des régimes de retraite résultent en partie du déséquilibre de la répartition du travail entre les générations, un problème qui dure depuis plusieurs décennies. L'âge moyen de l'arrêt de l'activité professionnelle se situe toujours autour de 58 ans, alors que la vie ne cesse de s'allonger et que l'entrée dans le monde du travail est plus tardive.

Les réformes des retraites et les mesures incitatives visant à prolonger l'activité restent pour l'instant sans effet apparent à cet égard. Les raisons en sont, notamment, la difficulté à trouver un emploi après 50 ans, ainsi qu'un malaise spécifique des travailleurs âgés dans le milieu de travail. Ils risquent d'être discriminés en raison de leur âge, y compris quand la pression qu'ils peuvent ressentir, et qui les fait partir, est diffuse, de l'ordre de la norme sociale plutôt que de l'attitude d'employeurs ou de collègues. On évalue à environ un salarié sur trois la proportion de ceux qui partiront à la retraite d'ici à 2020. Il en résultera à la fois une augmentation massive du nombre de retraités et du volume d'emplois à pourvoir.

L'apport de l'immigration est et sera indispensable au renouvellement des générations actives. Il y sera fait appel en outre pour répondre aux besoins croissants de personnels fournissant aides et soins aux personnes âgées. Ainsi le vieillissement entraîne une intensification de l'immigration de travail, à quoi s'ajoutent les migrations tardives, au moment de la retraite, à la recherche d'un meilleur climat ou pour un retour au lieu d'origine. Le marché du travail est inéluctablement marqué par ces deux processus enchevêtrés, vieillissement et immigration.

La prise en charge collective des besoins d'aide et de soins du grand âge est un des plus graves défis à moyen terme. Le nombre de personnes de plus de 75 ans sera multiplié par 2,5 entre 2000 et 2040, entraînant une forte croissance du nombre de personnes dépendantes, malgré une prévisible amélioration globale de la santé. On estime a environ 50 % le taux de personnes dépendantes en plus en 2040 (passant de 800 000 à 1,2 million).

Une personne sur quatre des générations d'après-guerre risque de connaître la dépendance, mais celle-ci surviendrait à un âge plus tardif. Parallèlement, le nombre des « aidants » potentiels dans l'entourage est amené à se réduire. L'entourage familial seul ne peut pas assumer tous les besoins d'aide des personnes âgées dépendantes et risque de s'épuiser en l'absence de services professionnels. C'est un fait à présent bien établi ; la diminution de l'aide publique ne peut guère être compensée par un surinvestissement de l'entourage, au contraire, les deux formes d'aide sont complémentaires.

Ces futurs problèmes sont prévisibles et il est important d'anticiper les solutions à mettre en place, sans attendre d'y être confronté dans l'urgence. Le développement de technologies adaptées contribuerait à pallier l'insuffisance des moyens humains.

Dans ce domaine, la France accuse un certain retard par rapport à d'autres pays d'Europe du Nord. Un développement technologique et des structures d'accueil sont nécessaires pour faire face à la demande grandissante des familles souhaitant recourir à des services spécialisés dans l'accompagnement des mourants. Les soins palliatifs font partie d'un changement profond dans l'attitude à l'égard de la mort, actuellement en pleine mutation dans les sociétés modernes. Ils symbolisent à la fois la levée du tabou sur la mort qui a caractérisé la fin du XXe siècle et la conception d'une mort digne, en entourant le mourant et en soulageant ses souffrances.

Comment faire face au coût du maintien d'un bon niveau de protection sociale ? Cela relève certes avant tout de choix politiques. Les prévisions démographiques paraissent alarmantes, contribuant à un climat d'inquiétude, accentuant la peur qui caractérise l'attitude moderne face au vieillissement, à laquelle se mêle parfois, il faut le reconnaître, un certain ostracisme à l'égard de ceux qui sont désignés comme vieux, comme s'ils étaient les « autres ». Certains discours, agitant le spectre du conflit de générations, accusent les baby-boomers de peser lourdement sur leurs successeurs, d'abord par leur prise de pouvoir et leur insolente prospérité au cours des dernières décennies, ensuite par leur coût et son poids dans les dépenses publiques, qui va s'accentuer dans les prochaines décennies.

Il est certes tentant de désigner un bouc émissaire plutôt que de remettre en question le mode d'organisation des âges dans la société, ses inégalités et ses contradictions, notamment en matière d'emploi et de formation. L'allongement en un siècle de la durée de vie moyenne de plus de la moitié a transformé toutes les phases de la vie, prolongeant la jeunesse et retardant l'apparition des déficits dus au vieillissement, ce qui remet en cause certains des fondements « naturels » du critère d'âge ouvrant ou limitant des droits. La difficulté de trouver du travail ou un logement, d'obtenir un crédit ou une assurance en raison de son âge, par exemple, peut relever d'une forme de ségrégation sur le critère de l'âge, récemment inscrite dans la loi du 16 novembre 2001 relative à la lutte contre les discriminations. Mais ce n'est pas seulement ni principalement sur le plan juridique que cette ségrégation est à combattre, c'est aussi par des actions concrètes et des débats publics sur la place faite aux jeunes et aux vieux dans la société et sur le regard qui leur est porté, les premiers étant trop visibles, les seconds devenant progressivement invisibles.

Claudine Attias-Donfut, Article paru dans le Monde du 24.10.09Logo-Le-Monde-N-B-.jpg

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article