Âgisme bancaire...

Publié le par Orgris

Histoire relatée par Le Monde, dans l’édition du 6 août 2010, sous le titre :

« Chez ING Belgique, on est aux petits soins avec les clients "gâteux" de plus de 60 ans  »

C’est une grosse bourde, dont il se dit déjà qu’elle pourrait bien être le "flop" de l’année en termes de marketing. Mardi 3 août, la banque ING Belgique, filiale du groupe néerlandais, a suscité une vive polémique - et un bel éclat de rire - en envisageant de limiter à 1 000 euros par semaine le retrait d’argent aux distributeurs automatiques pour les personnes âgées de plus de 60 ans.

Motifs ? La multiplication des arnaques et des vols de cartes de crédit et de codes, qui auraient doublé en l’espace de quatre ans et concerneraient prioritairement les clients les plus âgés.

Neuf heures après avoir affronté un tonnerre de protestations - dont beaucoup sur le thème "On n’est pas gâteux à 60 ans et on vous emm..." -, les dirigeants de la banque, désavoués par leur maison mère, ont battu en retraite. Ils n’ont pas voulu insister, "des incertitudes pouvant subsister quant à la bonne application de la mesure envisagée", ont-ils joliment expliqué... Décidément pétrie de bonnes intentions, ING Belgique va désormais s’adresser individuellement à ses "vieux" clients pour les inviter à déterminer eux-mêmes, s’ils le souhaitent, la limite de leurs retraits hebdomadaires.

      Carton plein

Si elle voulait se rendre impopulaire, la banque a gagné la partie. D’autant que le monde politique s’est rué sur le dossier. En Belgique, Joëlle Milquet, la ministre de l’égalité des chances - que tout le monde croyait en vacances en Turquie - s’est demandée s’il fallait désormais considérer tous les plus de 60 ans comme des personnes "hors d’état de gérer leurs biens". Le ministre des entreprises, Vincent Van Quickenborne - que l’on disait au Japon - a envoyé, via Twitter, le lien vers un site permettant de régler les formalités pour changer de banque. Le ministre régional flamand du bien-être, bien présent en Flandre, a plaidé pour "la participation pleine et entière des aînés" et promet un plan d’action en ce sens. Quant au centre pour l’égalité des chances, un organisme parapublic, il avait demandé des explications à la banque, évoquant un possible risque de discrimination basé sur l’âge.

Carton plein, décidément, d’autant que les associations de seniors ont fait chorus, que des appels au boycott ont éclos sur Internet et que la presse n’a pas manqué d’ajouter son grain de sel. "Dans une société où l’on veut maintenir les gens plus longtemps au travail, il faut cesser de les considérer comme les enfants. Eddy Merckx vient d’avoir 65 ans : devra-t-il demander un peu plus d’argent de poche à son fils Axel ?", ironise le commentateur politique de De Morgen. Il ajoute : "C’est une banque qui, aujourd’hui, considère comme vieilles des personnes de plus de 60 ans, qui est vieux jeu."

De Standaard renchérit : "Si de telles bêtises peuvent se dérouler dans une banque, si on n’y entend aucune critique interne - ou si cette critique n’est pas écoutée -, il est compréhensible qu’une crise soit survenue dans un tel milieu." "

Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, correspondant)

 

Dans l’observatoire de l’agisme d’aout 2010 http://agisme.fr/spip.php?article64

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