A Grande Synthe le sport remet les migrants âgés en piste - Nord-Pas-de-Calais - 59

Publié le par Orgris

A Grande Synthe le sport remet les migrants âgés en piste - Nord-Pas-de-Calais - 59

"les dynamiques que je vois naître au sein des familles suivies me convainquent que notre action participe à la paix sociale. Les grands parents retrouvent l’estime d’eux-mêmes à travers celle de leur enfants et petits-enfants et les jeunes regardent ces institutions qui agissent pour leurs anciens avec plus de respect.
La directrice du centre de santé."

A Grande Synthe, depuis 2011, des bénéficiaires vieillissant du RSA prennent goût au sport sous l’impulsion du Centre de santé. Marche, vélo, gymnastique, aquagym… des activités auxquelles s’ajoutent des ateliers autour de la mémoire, de la nutrition ainsi que des bilans de santé dans le cadre d’une démarche partenariale et collective qui permet à des habitants désocialisés et en particulier des vieux migrants, de devenir acteurs de leur santé, de créer des passerelles vers les dispositifs de droits communs et de favoriser le lien social.


En 2011, l’analyse du dispositif de Revenu de Solidarité Active (RSA), menée conjointement par le CCAS de Grande Synthe et la Maison de l’initiative, association qui assure pour le Conseil général l’accompagnement des bénéficiaires du RSA, révèlent un vieillissement de ces derniers : 10% d’entre eux, soit environ une centaine, sont âgés de plus de 55 ans et pour la majorité, issus de l’immigration. Des hommes arrivés dans les années 60-70 pour répondre à la demande de main-d’oeuvre dans une sidérurgie alors en plein essor et qui au milieu des années 80, ont subi de plein fouet la crise économique et sa cohorte de licenciements massifs. En tant que salariés, leur vie était exclusivement centrée sur l’usine qui assurait tous leurs besoins, quant à leurs femmes, faiblement éduquées et ne parlant pas ou très mal le français, elles sont restées invisibles. Bercés par l’idée récurrente qu’ils allaient repartir au pays, très peu se sont investis dans la vie et les activités de la cité et faute de connaître et d’accéder aux dispositifs de droits communs, cette situation d’exclusion s’est accentuée au fil de l’âge conduisant au replis sur soi, au mal être, voir au communautarisme. Au chômage, pour certains depuis plus de 30 ans, leur parcours vers la retraite est chaotique. 
Des constats partagés par de nombreux acteurs du secteur social et sanitaire, dont le centre de santé, structure associative créée à la fin des années 70, afin de permettre à chaque citoyen, par des actions socio sanitaires de prévention et d’éducation, de devenir acteur de son bien être et de ses conditions de vie. Clairement repéré par les Grands-Synthois et les autres institutions (le centre accueille dans ses locaux une antenne PMI du Conseil général, des services de l’Etat avec la médecine scolaire et celle du travail et les permanences d’associations comme le centre d’information des droits des femmes), familiarisé au travail partenarial et fortement légitimité par les élus municipaux (la moitié de son budget annuel est financé par la ville), le centre de santé est donc associé au projet lancé conjointement par le Conseil général, la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat), les services de la ville et la Maison de l’initiative, pour aider les bénéficiaires âgés du RSA à se préparer à la retraite. D’autant que ces derniers, invités à s’exprimer lors d’un bilan retraite organisé avec la Carsat, ont manifesté des envies : s’informer sur la santé ou l’hygiène, pratiquer un sport ou un loisir, accéder aux espaces de vie et d’échange de la ville…

   
Le centre de santé va s’emparer de la thématique sport, dans une démarche santé/bien-être. Car si une offre sportive variée et financièrement accessible existe sur la ville qui en a même facilité l’accès aux personnes âgées en créant un « pass’sport », elle ne répond ni aux demandes de personnes fragilisées, dans l’attente certes d’un bénéfice santé prouvé mais surtout de contacts humains, ni aux freins culturels et blocages inconscients qu’elles ont développés et qui limitent leur démarche vers les clubs existants.

 Un programme est donc mis en place autour d’activités sportives de loisirs, dans un premier temps spécifiques au centre de santé puis rapidement mixées avec celles du pass’sport pour faciliter les passerelles avec des activités de droit commun et encourager le retour à l’autonomie. Le centre investit dans du matériel sportif et confie l’animation de ses activités à des éducateurs diplômés du service des sports de la Mairie. Un planning très larges et souple, proposant quotidiennement plusieurs activités physiques (marche, vélo en salle, vélo d’extérieur, gymnastique, aquagym,…), auxquelles s’ajoutent des ateliers autour de la mémoire ou de la nutrition, est organisé afin de s’adapter au rythme de vie très ritualisé des participants. Chaque mois, un mini bilan de santé (IMC, souffle, glycémie, tension), permet de mesurer très concrètement les progrès cardiovasculaires, respiratoires et de poids. Si les six premiers mois, seuls des hommes ont participé aux activités, ces derniers ont ensuite souhaité y associer leurs femmes qui ont elles-mêmes entraîné amies et filles. L’effet bouche à oreille, mais également les recommandations de certains médecins qui ont pu constater les résultats positifs du programme sur leurs patients, tant en matière de santé que de moral, ont permis de toucher une trentaine d’hommes âgés de 60 à 65 ans et soixante cinq femmes entre 55 et 69 ans. Un énorme travail pour la conseillère en santé globale qui reçoit individuellement chacun des participants au moment de l’inscription, gratuite, pour un entretien de près d’une heure. Elle y vérifie que le futur participant est bien en possession d’un certificat médical de son médecin (une première démarche volontaire), que les vaccinations sont à jour, mais surtout apprend à connaître les motivations, les attentes, les besoins, l’environnement socio familial, afin de l’accompagner au mieux, parfois sur un temps assez long, vers une activité spécifique. Une démarche indispensable pour vaincre les résistances (la mixité des cours, par exemple) et fidéliser ces personnes en créant une véritable relation de confiance.

Mais surtout, cette approche par le sport permet d’amener les participants vers d’autres activités de droit commun proposées par le centre de santé ou ses partenaires, qu’il s’agisse des campagnes annuelles de dépistage des cancers du sein ou colorectal, des bilans de santé de la Caisse principale d’assurance maladie (CPAM) de Dunkerque, qui ont vu leur fréquentation par un public jusque là difficile à mobiliser augmenter, de cours d’alphabétisation financés par le Centre d’information sur les droits de la femme (CIDF) où se sont inscrits six bénéficiaires du programme, ou encore de visite au planning familial pour un tiers des femmes inscrites et même chez un gynécologue perdu de vue depuis leur dernier accouchement pour six d’entre elles… Autant d’actions qui font tomber des tabous et font évoluer les regards, tant du côté des bénéficiaires que des professionnels. Pour les travailleurs sociaux, il semblait impossible de mettre en oeuvre des activités hommes/femmes avec cette population. Mais le centre de santé n’a jamais cédé, même pour l’aquagym ou les excursions. De même, le personnel hospitalier se sentait souvent désemparé face à des femmes voilées, parlant mal le français. Les rencontres entre le radiologue de la clinique et les bénéficiaires du programme ont permis de démythifier le caractère sexuel de certains examens (mammographie, par exemple). De même, les médecins généralistes ont tendance à moins infantiliser ces « patients » qui se prennent à nouveau en charge et se préoccupent de leur bien-être. Reste que le principal bénéfice est celui de l’estime de soi retrouvée : des grands-mères, en apprenant le vélo, peuvent enfin partager une activité avec leur petits-enfants, et voir le regards des autres membres de la famille se modifier positivement. Sans compter la plus value en matière de paix sociale car les jeunes retrouvent une certaine forme de respect et de confiance pour des institutions qui prennent soin de leurs anciens.

 Ainsi, après deux années d’actions, le nombre d’inscrits n’a cessé d’augmenter et s’ouvre à d’autres catégories de population très précarisées. Les premiers participants ont gagné en autonomie, venant spontanément à des ateliers proposés par le programme et pour six d’entre eux l’ayant même quitté pour s’inscrire directement à des activités proposées par les clubs de la ville. Enfin, les bénéfices santé sont également concrets, à l’exemple du dernier ramadan, durant lequel aucun cas de coma diabétique n’a été enregistré.

Impact(s) : 
- Accompagner des bénéficiaires âgés du RSA, issus de l’immigration ou très fragilisés vers une approche plus positive de la retraite;
- Permettre à des personnes de reprendre prise sur leur vie à travers un programme de sport loisir et les rendre acteurs de leur santé ;
- Favoriser l’accès à des dispositifs de droit commun à une population peu intégrée
- encourager le lien social et intergénérationnel 
- Impulser des pratiques de développement social local et encourager l’action partenariale et transversale
- susciter des changements de regards et de pratiques chez les professionnels du secteur social, médical et sportif


Partenaire(s) : 
Centre d’acceuil de demandeurs d’asile (CADA), Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) Nord-Picardie, Centre communal d’action sociale (CCAS) de Grande Synthe, Conseil général du Nord, Direction de l'accueil, de lintégration et de la citoyenneté (DAIC), Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), plusieurs associations de Grandes Synthe.

Moyens : 
Le budget de fonctionnement du centre de santé est de 90 000 euros par an, dont la moitié est financé par la ville de Grande Synthe.
L’action en faveur des bénéficiaires âgées du RSA s’élève à environ 50 000 euros, dont :
- 10 000 à 20 000 euros de la ville (en fonction du financement de la Direction de l’accueil, de l’intégration et de la citoyenneté du Ministère de l’intérieur - Daic), 
- 11 000 euros de la Carsat (dans le cadre de la prévention du maintien à domicile),
- 11 700 euros de la Daic, 
- 6000 de la Direction départementale de la cohésion sociale, 
- 5000 euros du Conseil général (dans le cadre des sorties de RSA)


Info publiée par APRILES, Mise à jour le: 03-01-2013

 

Porteur(s) de l'action : 
Centre de Santé de la ville de Grande Synthe (Nord)

Contact : Brigitte Deroo, directrice, Centre de Santé de la ville de Grande Synthe (Pas de Calais),

03.28.29.28.80,

b.deroo@ville-grande-synthe.fr

www.centredesante.org

http://www.apriles.net/index.php?option=com_sobi2&sobi2Task=sobi2Details&catid=3&sobi2Id=1508&Itemid=95

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