Quand vieillir signifie s’épanouir

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

La courbe en U du bonheur

La première fois que j’ai entendu le Ted Talk d’Ashton Applewhite sur l’âgisme, j’ai été surprise de sa présentation de la courbe en U du bonheur. Le regard sur la vie évoluait significativement aux alentours de 50 ans ! C’est ce que deux économistes américains, David Blanchflower et Andrew Oswald, ont mis en évidence en 2008. Au cours de la vie, notre bien-être émotionnel suit un même déroulé : il commence haut, atteint un creux entre 40 et 50 ans, puis remonte dans les dernières décennies. 50 ans serait donc un moment de bascule. Enthousiasmant comme idée !

« Les femmes de 50 ans reconfigurent pleinement leur vie »

On ne peut pas nier que 50 ans est un âge charnière où de nombreux changements surviennent : évolutions dans la vie professionnelle, dans la vie sociale et familiale, changements hormonaux, etc. Certains enfants ont déjà pu quitter le nid familial, alors que d’autres gagnent en autonomie. La question du sens du travail se pose plus vivement que jamais, ouvrant vers d’autres sphères professionnelles, des reconversions, des changements de statuts. Ou bien pour éviter un potentiel chômage. Les femmes de 50 ans reconfigurent pleinement leur vie. C’est ce que constate Héloïse des Monstiers, vice-présidente de Meetic qui a lancé Disons Demain, le site de rencontre des plus de 50 ans : « Ces femmes sont actives et prennent les choses en main ! Nous avons remarqué que passé 50 ans, les femmes ont soif de changements. Elles ont plus de temps pour elles, se sentent libres, elles souhaitent s’investir pour tirer le meilleur de cette deuxième partie de vie. L’expérience fait qu’elles savent ce qu’elles veulent et ce qu’elles ne veulent plus ! ». 

« 86 % des femmes de plus de 50 ans se sentent bien dans leur peau »

Épanouies, accomplies, fières de leur âge… Il suffit de regarder autour de vous les femmes de 50 ans pour vous en rendre compte ! Pour Sophie Fontanel, journaliste et écrivaine, tout a commencé quand elle a décidé de ne plus se teindre les cheveux. Cette acceptation de soi d’une icône de la mode a permis de décomplexer un grand nombre de femmes qui se sont également mises à assumer leurs cheveux blancs. Selon une étude de Disons Demain, 86 % des femmes de plus de 50 ans se sentent bien dans leur peau et 65 % affirment qu’elles se sentent plus libres dans leur vie sexuelle que lorsqu’elles étaient plus jeunes. 

Pourquoi cette “éclosion” tardive ?

Marie-Laurence Cattoire, cheffe d’entreprise et auteure d’Éclore, enfin ! Manifeste des femmes indociles, s’est également rendu compte de cette éclosion aux alentours de 50 ans des femmes de sa génération. Pour elle, il s'agit d'une conjonction entre une étape de vie personnelle, le fruit de l'expérience acquise, mais aussi des évolutions de société. « On a été tellement prises dans la nécessité de faire notre place dans le monde, en société comme au travail. On a tellement combattu qu’on ne s’est pas demandé si on était épanouies, si on pouvait “éclore”. Cette éclosion est arrivée après. » 

Cette mise à distance des injonctions s’est faite peu à peu pour de nombreuses femmes pour ainsi s’assumer et s’épanouir à 50 ans. C’est ce que reflète le personnage de Miranda dans And Just like that – le reboot de Sex and the city. Elle quitte son poste d’avocate dans une grande entreprise pour retourner à la fac de droit. Elle se questionne sur sa vie maritale qui ne lui apporte plus de plaisir. Elle veut vibrer et se dit que la vie ne s’arrête pas à 50 ans, qu’elle peut encore s’épanouir et s’assumer telle qu’elle est. 

« Chaque femme fait émerger sa propre création »

Mais alors, comment s'assumer telle que l'on est ? Comment vivre pleinement ? Dans mes échanges et mes lectures, j'ai retenu trois éléments mis en avant par les femmes pour atteindre cet épanouissement.

Accepter nos vulnérabilités : Brené Brown explique dans son Ted Talk sur le pouvoir de la vulnérabilité que l’accepter, c’est nous permettre d’accepter qui l’on est. La vulnérabilité n’est pas forcément confortable ou atroce, elle est juste nécessaire. Souvent, les femmes de 50 ans sont allées regarder cette part vulnérable d’elles-mêmes pour cheminer et avancer vers qui elles sont.  

Prendre le temps : lors de notre échange, Marie-Laurence Cattoire a bien précisé que son évolution personnelle ne s’est pas faite en un jour, mais que cela a infusé au fur et à mesure. Dans ce monde du zapping et de l’instantané, bifurquer, être fière de soi et s’assumer prend du temps. 

Trouver sa ou ses voies d’accomplissement : s’assumer passe souvent par un déclic, de nouvelles voies d’accomplissement, des changements de cap. Pour Sophie Fontanel, ce fut une métamorphose avec l’affichage déterminé de ses cheveux blancs. Pour Marie-Laurence Cattoire, ce fut dans la pratique de la méditation. Pour d’autres, ce sont ou seront de nouvelles rencontres sentimentales, des challenges professionnels au sein d’une entreprise, ou un activisme envers l’écologie, la politique, la nouvelle génération, etc. Chaque femme fait émerger sa propre création.

« Les femmes de 50 ans me proposent des modèles de liberté »

On pourrait se dire que les femmes de ma génération (née dans les années 1980) se sont émancipées plus tôt car certaines ont décidé de faire des breaks aux alentours de 30 ans, d’autres se sont questionnées sur le sens de leur vie lors de l’arrivée du premier enfant, ou ont bousculé leur rythme de travail à la suite de la crise sanitaire.

Or, dans cette émancipation -pleine et entière pour certaines, en tâtonnement pour d'autres-, il ne s'agit pas que de notre rapport à notre travail ou à la famille, mais bien d’accepter la beauté de notre âge et de profiter pleinement de chaque moment qui s’offre à nous. Les femmes de plus de 50 ans me proposent des modèles de liberté, de sérénité, tout en naviguant face aux chaos de la vie. Elles m’offrent la possibilité de trouver dans leur discours, dans leurs expériences et dans leurs actions, des pistes pour créer mon propre quotidien. Une femme me disait récemment qu’on pouvait éclore et faner plusieurs fois dans sa vie, je pense qu’au final c’est peut-être cela que les femmes de 50 ans et plus montrent aux plus jeunes : qu’on peut éclore enfin ou éclore encore !

Le +   

Pour se libérer, s’accomplir, se réjouir 

  • Le livre Une apparition de Sophie Fontanel : un soir d'été, à 53 ans, Sophie Fontanel décide d'arrêter les colorations et de regarder pousser ses cheveux blancs. Son livre est une sorte de journal romancé de ce qu’on peut qualifier de nouvelle liberté.   
  • Le livre Éclore Enfin ! Manifeste des femmes indociles de Marie-Laurence Cattoire. Rappelant les injonctions qui pèsent sur les femmes au quotidien, elle partage ses expériences et des conseils concrets pour les aider à retrouver leur place et leur puissance.
  • La série And Just like that : Carrie, Miranda et Charlotte vivent le quotidien de femmes de cinquante ans : la pression esthétique, les mariages qui se transforment en divorces, la découverte de soi, les reconversions professionnelles, etc. Même si certaines scènes sont parfois caricaturales, on apprécie de suivre ces trois personnages tout au long des épisodes dans la découverte d’elles-mêmes.
  • Les Fleurs de l’âge de Josiane Asmane : un livre porté par sa jeune autrice énergisante, qui montre, figures de femmes à l’appui, qu’on se réinvente et s’épanouit à tout âge.

Pour toutes les femmes fières de leur âge ou en quête de leur côté phénoménal !

Le poème de Maya Angelou “Phenomenal Woman” récité par Oprah Winfrey « Cause I’m a woman Phenomenally. Phenomenal woman, That’s me. » 

Mélissa-Asli Petit

Plume socio de ViveS

Quand vieillir signifie s’épanouir

Melissa-Asli Petit est une jeune sociologue qui s'intéresse au vieillissement pour mener une réflexion plus globale. Elle cherche à créer des ponts entre les âges et les cultures, et à questionner la place des femmes, notamment âgées, dans la société. Mélissa-Asli a fondé en 2015 Mixing Générations, bureau d’étude et de conseil sur les questions de longévité et de la silver économie. En 2016, elle a publié "Les retraités : cette richesse pour la France" (éditions de l’Harmattan). 

Mélissa incarne pour ViveS cet échange vivifiant et solidaire entre les générations, ainsi qu’un regard de spécialiste sur la question de l’âge dans la société. 

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