Marie de Hennezel : « Défi autonomie : une responsabilité des vieux eux-mêmes »

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

Marie de Hennezel, psychologue et écrivaine, s’interroge sur l’image de la vieillesse qui « nous conduit collectivement à exclure les vieux, à penser que vieillir n’est qu’une histoire de pertes et de diminutions ».

Voici sa tribune : « Le baromètre « Bien vieillir en France en 2025 » Viavoice-­Generali-Radio Classique, publié récemment, analyse les rapports que les ­Français entretiennent avec la vieillesse, et confirme leur ­inquiétude. Les trois quarts des Français voudraient devenir vieux sans vieillir, et seulement un quart est serein face à son vieillissement. Lors de la première réunion du Cnav (Conseil national autoproclamé de la vieillesse) le 14 février dernier, au Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine a accueilli 200 personnes de plus de 60 ans qui se sentent concernées par la constitution de ce tout nouveau mouvement citoyen dont la principale revendication est d’être représenté auprès des pouvoirs publics afin de pouvoir faire entendre la parole des vieux.

Le mot « vieux » n’est plus tabou. C’est sans doute la première chose qui frappe lorsqu’on entend ceux et celles qui adhèrent à ce mouvement et à son hashtag RienPourLesVieuxSansLesVieux. « Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? »,demande Ariane Mnouchkine en ouvrant le débat. Avec cette onde de choc générée par un livre qui dénonce un système où les vieux sont devenus des objets commerciaux rentables, où l’on gère les êtres humains comme des comptables, après une crise sanitaire qui a dénié aux vieux leurs droits de citoyens ? Quelle image déficitaire du vieillissement et de la vieillesse nous conduit collectivement à exclure les vieux, à penser que vieillir n’est qu’une histoire de pertes et de diminutions ?

« Quel manque d’imagination ! », s’est écriée Ariane ­Mnouchkine. Quelle est cette image si dévalorisante qui nous empêche d’imaginer que vieillir, c’est peut-être autre chose ? Un vrai paradoxe. Une inconnue… peut être une aventure ? « Mon corps décline, ma pensée croît, dans ma vieillesse il y a une éclosion », disait Victor Hugo.

Et si c’était vrai ? Nous connaissons tous autour de nous des plus de 80 et même 90 ans qui nous le prouvent tous les jours. Vieillir peut être une aventure intéressante et féconde. « Un espace de grâce » peut s’ouvrir, comme en témoigne une femme très âgée, entendue dans une vidéo, cet après-midi-là, au Théâtre du Soleil. N’est-ce pas alors la responsabilité des vieux eux-mêmes de « nourrir l’imagination » des générations qui suivent, pour reprendre l’expression même d’Ariane Mnouchkine ?

Oser montrer que cela vaut le coup de vieillir même si l’on devient plus fragile

Oser montrer que cela vaut le coup de vieillir même si l’on devient plus fragile. Oser parler de ce que l’on vit de différent, qui n’est pas moins bien pour autant. Cette parole aurait du poids auprès de nos dirigeants. C’est à eux de s’exprimer sur ce qu’ils veulent en matière d’habitat, en matière d’aide au maintien de l’autonomie.

La question du grand âge, si méprisée finalement au cours des trois dernières mandatures présidentielles, doit devenir d’urgence une « grande cause nationale ». Elle ne doit pas se réduire à une question de financement ou de revalorisation des métiers du grand âge, elle doit donner la parole aux vieux. Il faut qu’on les entende. Ils ne veulent pas qu’on les « prenne en charge » comme s’ils étaient des « objets de soin ». Ils veulent, s’ils deviennent plus fragiles, être accueillis dans des structures humaines, où ils soient parties prenantes de l’organisation du vivre-ensemble. Ils veulent surtout décider eux-mêmes du cadre de vie dans lequel ils aimeraient terminer leur existence. C’est d’ailleurs autour de ce thème qu’Ariane Mnouchkine accueilli le 16 mai ceux qui ont réfléchi à la question.

Les déjà-vieux et les vieux de demain ne veulent pas d’une médecine qui les gave de médicaments

Enfin, les déjà-vieux et les vieux de demain ne veulent pas d’une médecine qui les gave de médicaments. Ils veulent une médecine préventive, attentive à leur bien-être, à l’écoute de leurs choix, y compris face à la mort. Ils veulent surtout garder leur place dans le monde et la société, transmettre ce que seuls les vieux savent transmettre, lorsque les épreuves de la vie les ont lessivés mais qu’ils sont restés ouverts de cœur et d’esprit. C’est à ce prix qu’ils pourront garder l’estime d’eux-mêmes, qui est la meilleure prévention de la perte d’autonomie.

Toute une génération, celle des « boomers », comme on les appelle, est de plus en plus prête à relever ce défi.

Dernier ouvrage publié :«Vivre avec l’invisible», Robert Laffont/Versilio.

https://www.lejdd.fr/Societe/tribune-marie-de-hennezel-defi-autonomie-une-responsabilite-des-vieux-eux-memes-4111396

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