Services publics, déserts médicaux, fibre optique... Pour un bouclier rural …à Lormes - 58-

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

Alors que les "gilets jaunes" ont souligné la fracture territoriale française, Fabien Bazin, maire PS de Lormes, un village morvan, plaide pour un "droit à la campagne". Il demande une loi pour instaurer un "bouclier rural".

La métropolisation triomphante du monde laisse peu de ressources et d’espoir aux territoires ruraux. Départ d’une partie des habitants, arrivée de nouveaux, transformation des activités agricoles pour le pire et le meilleur, retrait de l’Etat et de certains services publics, nouvelles formes d’habitat… Les campagnes, comme ailleurs ont vécu leur lot de transformations intenses au fil des dernières décennies. Les analyses pessimistes sur l’avenir du monde rural en font un ancien monde à sauvegarder et à préserver, davantage qu’un espace d’innovations.

Et pourtant ! Sans rien nier des difficultés, c’est mal juger du potentiel, de la vitalité et de la créativité des campagnes. Le monde rural est un terreau fertile, riche d’espaces d’expérimentations et de réinventions économique, sociale et culturelle. Peu visibles, isolées et mal repérées, elles peinent à faire école. A la différence des politiques urbaines, l’action publique en ruralité est peu pensée en France depuis 20 ans. Son caractère contractuel régresse, l’esprit de guichet revient au galop du côté de l’État- bien loin d’une ambition d’aménagement du territoire et de progrès social. Qui sait que dix millions de citadins ont un projet de vie en ruralité ? Qui a retenu le sondage récent qui nous dit que pour 81% des Français la vie idéale est à la campagne ? Comment ignorer que partout les élus et les acteurs locaux se battent pour permettre à chacun d’y travailler et d’y vivre mieux? A maints égards, la ruralité a endossé une nouvelle forme de modernité : environnement préservé, qualité des relations humaines, invention de nouveaux services, espaces à taille humaine…

Afin de donner une réalité au principe républicain d’égalité entre les citoyens où qu’ils habitent sur le territoire national – une revendication forte des "gilets jaunes" – nous sommes plusieurs à demander depuis 10 ans la mise en place d’un " bouclier rural " sous la forme  d’une loi de la République qui s’impose à l’Etat et qui prévoit :

- de faciliter l’accès aux services publics pour tous, en instaurant un temps d’accès maximum à un accueil de médecine générale, à une maternité, à un bureau de poste, à une gendarmerie…,

- d’adapter la fiscalité des petits commerces et de l’artisanat parce qu’ils ont tenu la baraque pendant des dizaines d’années

- de dynamiser l’accompagnement bancaire de l’activité sur le modèle de la loi américaine de réinvestissement local de l’épargne (Credit Reinvestment Act).

- la mise en œuvre de la fibre optique partout et pour tous, pilotée par un établissement public national.

- une vraie péréquation entre villes et campagnes

- Enfin en ce qui concerne les risques de déserts médicaux, si l’Etat finance les études, la sécurité sociale les salaires des médecins, alors se pose la question de la liberté d’installation des professionnels de santé. De même, des services d’hôpitaux ferment, ce qui est absurde si l’on souhaite l’installation de médecins généralistes.

Toutes ces propositions sont sur la table. Elles mériteraient d’être débattues sincèrement. Sans attendre, nous agissons localement.

En inventant les " villages du futur ", nous innovons. En mettant autour de la table, élus, agents publics, techniciens, designers et " urbanistes " ruraux, on conçoit des projets audacieux qui murissent en quelques mois. La cohérence entre différents projets est assurée par l’élaboration de plans d’aménagement, d’usages et de services, nouvelle forme de programmation quinquennale.

A Lormes (1.400 habitants), dans la Nièvre, cette méthode a permis :

  • La création ou la reprise de 18 activités en deux ans.
  • L’invention d’un réseau de voisins actifs pour lutter contre l’isolement (faire compagnie), dont le modèle vient d’être repris par Paris !
  • Des solutions de déplacement (prêt de voiture, flotte de minibus, chéquier mobilité..).
  • La reconstruction de l’hôpital local et une réflexion sur la maison de retraite du futur.
  • L’arrivée de plusieurs professionnels de santé.
  •                 La fibre optique chez l’habitant.
  •                 Un télécentre et un espace de coworking.
  •                 Des écoles connectées.
  •             Des chantiers participatifs avec les habitants pour redonner des couleurs au centre bourg et rénover le patrimoine rural avec la brigade des bricoleurs.
  •                 Une recyclerie de plus de 1.000 m2…

Bouclier rural et villages du futur sont les deux jambes d’un "droit au village" (comme on a pu parler d’un droit à la ville), qui remettent la République et l’innovation sociale, ensemble, au cœur des bourgs.

Cécile Amar, Journaliste

dans l'Observateur

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article