Les seniors au service de l’éducation,

Publié le par tut de service civique

Afin d'accompagner les jeunes dans la pratique de la lecture et de l’écriture, la découverte du monde et de la diversité des métiers, un service civique de seniors, basé sur le volontariat, pourrait être créé.

Les politiques de soutien aux plus âgés se résument le plus souvent à des sans prendre conscience des attentes des seniors en termes de participation sociale. De même, les politiques destinées aux jeunes se limitent trop largement à des apports financiers multiples (APL, bourses…) et ne savent pas répondre aux besoins d’accompagnement de celles et ceux en situation d’échec scolaire, professionnel ou culturel. Plutôt que de contribuer à les responsabiliser, elles tendent à les maintenir dans des logiques victimaires.

Les politiques éducatives prenant la mesure de ce fort besoin de suivi et d’accompagnement, ne peuvent être effectuées entièrement par l’école sur du temps scolaire. Aussi, une offre d’animation et d’éveil s’est développée. La réforme des rythmes éducatifs aurait pu être l’occasion d’une approche différente et adaptée aux besoins spécifiques d’une partie des jeunes plutôt que de chercher à refaire en fin d’après-midi ce qui n’a pas fonctionné dans la journée.

Fort de ce constat et devant l’impossibilité de la déployer correctement dans de nombreuses villes, le gouvernement a proposé à chaque commune de poursuivre cette réforme ou de revenir à la semaine des 4 jours. Cette approche girondine portée par le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a permis de désamorcer des tensions inutiles et d’offrir plus de souplesse et d’adaptation aux réalités de chaque territoire. Reste que personne ne peut se satisfaire d’une situation où une part importante des enfants et des jeunes s’éloigne du monde commun.

Découverte du monde

Hors temps scolaire, l’offre d’accompagnement éducative passe donc par le tissu associatif ou par le réseau de la réserve citoyenne ou maintenant de la réserve civique portée par le Haut-commissariat à l’engagement. Il existe un vivier important de personnes âgées, y compris chez les retraités populaires, qui souhaiteraient s’engager dans un volontariat service civique senior au bénéfice de l’accompagnement éducatif des enfants et des jeunes.

Rappelons que l’implication des seniors dans le tissu associatif, le soutien informel au sein de la famille ou du voisinage, ou encore comme proche aidant d’une personne fragilisée par la maladie ou le handicap, sont des réalités sociales majeures et guère valorisées, qui contribuent pourtant à faire tenir la société. Cet accompagnement, en lien avec l’éducation nationale, centré sur l’aide aux devoirs, la pratique de la lecture et de l’écriture, la découverte du monde et de la diversité des métiers, pourrait s’appuyer sur des acteurs déjà impliqués et pratiquant de manière active, joyeuse et utile, l’intergénération.

Il s’agirait aussi de valoriser les capacités des jeunes concernés. Pensons à de multiples initiatives, souvent portées par le tissu associatif, comme «Lire et faire lire» qui compte plus de 18 000 bénévoles seniors sur l’ensemble du territoire et qui depuis vingt ans aide les enfants à pratiquer la lecture et l’échange. Pensons à des initiatives intergénérationnelles comme ces deux jeunes gens à l’origine des «Talents d’Alphonse» qui proposent à des seniors de venir partager avec des enfants ou des jeunes un centre d’intérêt commun, pensons au «Labo des Histoires» qui en quelques années a proposé à plus de 50 000 jeunes de pratiquer l’écriture de création sous toutes ses formes avec de jeunes et moins jeunes auteurs. Le développement d’un dispositif de service civique senior qui viendrait soutenir ces trois associations et bien d’autres, permettrait à de très nombreux retraités de s’investir, de se sentir plus utiles, de recréer du lien social et de pratiquer la réciprocité intergénérationnelle où chaque âge apporte et échange avec l’autre.

Mixité des générations

Rappelons que pour nombre de seniors, le travail est porteur d’une réelle dignité, d’utilité sociale et de valeur. Il permettrait en retour que des jeunes en difficulté puissent bénéficier d’un appui dans leur scolarité, dans l’acquisition de méthodes de travail, dans leur choix d’orientation professionnelle, dans la compréhension de l’autre… Ce serait aussi pour eux une manière de relativiser leur situation et de découvrir que le monde d’hier n’était pas seulement fait de facilités et de douceurs…

Ce service civique senior permettrait également de répondre aux besoins d’accompagnement de parents étrangers dans la scolarité de leurs enfants en permettant une meilleure transversalité entre accompagnement éducatif et le dispositif «ouvrir l’école aux parents pour la réussite des enfants». Au-delà, l’idée du caractère bénéfique de la mixité des générations (échange, entraide, réciprocité, tolérance, relativisation des situations, connaissance de l’autre…) et de l’estime de soi induit par le fait d’être utile, ce service civique senior redonnerai du sens au terme bien galvaudé de «vivre ensemble».

Le financement de ce service civique senior pourrait être fondé sur la réorientation des aides des collectivités sur le modèle de l’activation du RSA ou du «territoire zéro chômeur» et d’une aide de l’Etat à l’image de l’allocation d’engagement proposée aux jeunes en service civique. Des mutuelles ou des entreprises sensibles à ces enjeux de cohésion culturelle et désireuses d’investir dans des solutions à fort impact social pourraient aussi soutenir la démarche.

Nous ne construirons pas l’avenir sans s’appuyer sur notre histoire et nos racines. La transmission entre les générations est un levier majeur pour perpétuer notre destin commun et «empêcher que le monde se défasse», pour reprendre les termes de Camus.

Serge Guérin Sociologue, professeur à l’Inseec Paris , Erick Lajarge enseignant à Dauphine et à l’Inseec

Publié le 23 août 2017 dans Libération : http://www.liberation.fr/debats/2017/08/23/pour-un-service-civique-senior-en-appui-aux-politiques-educatives_1591310

 

Serge Guerin

Serge Guerin

Voilà une idée qu'elle est bonne. Partiellement été prévue dans la loi Delaunay, le milieu associatif l'a écarté, par peur de confusion avec le statut de service civique pour les jeunes.

L'idée serait de travailler à des aménagements de ces dispositifs à la population retraité ordinaire : service civique, réserve civique, volontariat. Des aménagements qui reconnaîtraient l'engagement de ces retraités, le valoriseraient par un statut, en assureraient la diffusion. avec, pour les plus nécessiteux une allocation d'engagement adaptée…Or Gris est partant pour cette réflexion…

Un beau chantier à mettre en place pour le commissariat à l'engagement civique !!!

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