Sédentarité : les retraités plus actifs que les travailleurs

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges

Remuant comme un retraité. À une autre époque, la formule aurait fait sourire, incongrue. Aujourd’hui, elle reflète un paradoxe bien réel: vissés à leur chaise de bureau, les actifs sont devenus plus sédentaires que les seniors.

Cela frappe dans une étude de grande envergure réalisée en Écosse (Journal of Sports Sciences ). Les chercheurs de l’université d’Édimbourg ont pu s’appuyer sur les déclarations de plus de 14.300 personnes âgées de 16 ans et plus. Chacun devait indiquer combien de temps il/elle passait assis dans la journée, en détaillant si c’était pour travailler, regarder la télé/jouer à la console ou encore lire, déjeuner, écouter de la musique. Autant d’activités qui, parce qu’elles sont réalisées en position assise ou allongée, impliquent une très faible dépense énergétique dite «de repos». Ainsi définit-on la sédentarité, à distinguer de l’inactivité physique qui est le fait de ne pas faire d’exercice.

«C’est une évolution de notre mode de vie»

Martine Duclos, chef du service de médecine du sport au CHU de Clermont-Ferrand

Les chercheurs ont eu la surprise de constater qu’en semaine, les adolescents et jeunes adultes (16-24 ans) étaient la seule tranche d’âge passant plus de temps debout dans la journée que les plus âgés (75 ans et plus). Même les jeunes retraités (65-74 ans) sont moins sédentaires que les 25-65 ans, en pleine vie active.

Le phénomène est commun aux pays industrialisés. «C’est une évolution de notre mode de vie», déplore le Pr Martine Duclos, chef du service de médecine du sport au CHU de Clermont-Ferrand. En France aussi, entre 15 et 75 ans, plus on vieillit et moins on passe de temps assis, selon le Baromètre santé nutrition de l’Inpes (2008). Un Français de 45 ans passe en moyenne 12 heures assis un jour de semaine, dont 4 heures dans le cadre professionnel (étude Nutrinet, 2015).

Cercle vicieux

S’il se dit peu surpris par le poids du travail dans la sédentarité, François Carré, cardiologue au CHU de Rennes, en tire les conséquences. «Il faut favoriser la prévention sur le lieu de travail», plaide-t-il, notant d’ailleurs une prise de conscience de la part de certains responsables de société. Proposer des bureaux à hauteur modulable ou des gros ballons en guise de siège, éloigner les imprimantes pour forcer les salariés à se lever, organiser des réunions debout voire ambulantes, offrir des activités pour inciter à faire des pauses debout «toutes les deux-trois heures» sont autant d’astuces qui, mises bout à bout, pourraient aider à briser le cercle vicieux: «Plus vous êtes assis, plus vous avez envie d’être assis car votre masse musculaire fond.» Avec à la clé des douleurs au dos, au poignet, car vous prenez de mauvaises postures. «À 35 ans, il n’est pas normal d’avoir mal au dos ou aux jambes après 15 minutes de station debout», insiste François Carré.

«Il faut au moins 90 minutes d’activité physique modérée à forte par jour pour compenser l’effet délétère de la sédentarité»

Martine Duclos

Et les risques ne s’arrêtent pas là. «Lorsque l’on reste trop longtemps assis, les vaisseaux se contractent moins, donc le sang circule moins, les cellules sont moins oxygénées, et l’inflammation et le stress oxydatif augmentent», poursuit le cardiologue. Un terrain qui fait le lit des maladies cardiovasculaires et des cancers. Se rattraper le week-end? Une illusion. «Il faut au moins 90 minutes d’activité physique modérée à forte par jour pour compenser l’effet délétère de la sédentarité», insiste Martine Duclos. Or «les gens qui passent beaucoup de temps assis en semaine sont aussi, en général, ceux qui sont très sédentaires pendant leurs congés», constate François Carré

En France, le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande aux adultes d’effectuer 30 minutes d’activité physique modérée au moins 5 jours par semaine: marcher, faire du vélo, nager, jardiner, faire le ménage… L’Organisation mondiale de la santé, elle, suggère 150 minutes par semaine. «Mieux vaut suivre la première règle, car les deux ne se valent pas, estime le Pr Carré. L’activité physique, c’est comme un médicament, ça ne fait effet que pendant 24 heures. Donc 150 minutes d’activité physique une fois par semaine ne produira pas le même effet que 30 minutes 5 jours d’affilée.»

Dans tous les cas, l’attention doit être portée à réduire les heures passées assis, indépendamment des objectifs d’activité physique. «La sédentarité est plus dangereuse que l’inactivité physique», rappelle Martine Duclos.

 

Plus de cinq millions de personnes meurent chaque année du manque d’activité physique, estimait une étude en 2012 (The Lancet). Mais qu’en sera-t-il dans trente, quarante ans? Les experts s’inquiètent désormais pour les jeunes générations. «Avant, l’activité physique baissait à l’adolescence. Désormais, des études nord-américaines montrent qu’elle chute dès 7 ans, s’alarme le Pr Martine Duclos, de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité. Les données actuelles de mortalité portent sur des personnes qui étaient enfants avant 2000, c’est-à-dire avant la multiplication des écrans. Nous ne connaîtrons l’impact de la sédentarité croissante des jeunes que dans plusieurs dizaines d’années, mais il sera forcément négatif.» «L’effet sur la santé n’est pas visible immédiatement chez l’enfant, mais une perturbation des taux de cholestérol, de glycémie, du poids peut apparaître dès 20 ans», complète le Pr François Carré, cardiologue. Jusqu’à 17 ans, le PNNS français recommande 1 heure d’activité physique modérée par jour, au moins 5 fois par semaine (l’enfant doit être un peu essoufflé).

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