La conciergerie de village de Saint-Pierre de Manneville – Haute Normandie – 76 -

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires

Un projet solidaire sur les circuits courts

L’implantation d’un lieu multi-usages (commerce de proximité, conciergerie de services, lieu de convivialité) dans un territoire à la population vieillissante. Un commerce de proximité mobilisant des circuits courts solidaires. Un projet né d’une coopération entre une municipalité, des acteurs de l’accompagnement à l’émergence de l’innovation, et des citoyens associés.

Saint-Pierre de Manneville : une commune à la population vieillissante, prise dans une logique de métropolisation : 750 habitants, dans la zone d’influence de Rouen, affectée par l’attractivité de Rouen en termes d’emplois, d’équipements courants et de commerce. Désertée par les commerces, le tourisme vert constitue le seul vecteur d’activité. Les habitants, surtout des personnes âgées souhaitent l’arrivée d’un nouveau commerce de proximité.

Construction du projet et partenariats multiples

En janvier 2012, est constitué un groupe de travail, réunissant habitants et municipaux qui va s'adjoindre de partenaires et des compétences : l’ADRESS, qui travaille sur l’entrepreneuriat social en Haute-Normandie, puis la Fabrique Haute-Normandie. Ce groupe élargi projette un commerce de proximité avec des produits de première nécessité (pain, journaux), mais aussi des services (pressing, cordonnerie, dépôt de colis) et un lieu de rencontre. En novembre 2012, une réunion ouverte à un panel d’habitants, fixe les contours d’un projet intégrant ces trois aspects : épicerie locale, services de proximité, et lieu de convivialité. Le groupe demande alors l'aide de Facility Serv, spécialisée dans la conciergerie de services qui souhaite créer un « Réseau de Conciergeries de village » : la conciergerie de Saint-Pierre de Manneville serait le projet pilote.

Puisque les produits commercialisés doivent être des produits locaux le groupe sollicite l'association Graine des Champs, pour l’implication des agriculteurs locaux. Un partenariat avec les Défis Ruraux du réseau FNCIVAM est mis en place. Des liens sont noués avec le GRAB Haute Normandie, producteurs bio en haute Normandie pour lien avec les nouveaux producteurs.

Une activité autours de trois axes complémentaires

- Un lieu de convivialité, avec espace café et coin lecture, animé par l’association du village portée par les habitants eux-mêmes.

  • Une conciergerie de services, pour accéder plus rapidement à des services comme pressing, repassage, cordonnerie, relais de colis, services à domicile. Une SARL travaillant en partenariat avec des structures de type ESAT (établissement et service d’aide par le travail).
  • Une épicerie commercialisant des produits locaux et des circuits courts, misant sur des comportements de consommation alternatifs et sur une demande en produits de qualité.

Un responsable chargé de coordonner l’ensemble de ces activités

La conciergerie de village doit recruter une personne qui, accompagnée par le Réseau des Conciergeries de village, doit organiser, gérer, développer l'activité du point de vente, ainsi qu'animer le réseau d’agriculteurs mobilisés en veillant à ne pas créer de concurrence entre les producteurs partenaires. Il doit aussi assurer l’animation commerciale : accueil et fidélisation de la clientèle, tenue du magasin (rangement, présentation, propreté), mise en valeur l'espace commercial. Il pourrait être amené à organiser des opérations commerciales (ateliers culinaires, rencontres avec les exploitants, visite des exploitations, etc.)  pour promouvoir les produits locaux,  favoriser de nouvelles pratiques alimentaires. Le rôle du responsable de la conciergerie serait aussi d’être un référent pour l’association des habitants chargée d’animer le lieu de convivialité, support des bénévole pour l’animation de ce lieu et l’organisation d’activités.

 

 

Des logements au premier étage

La conciergerie de village se situerait sur un terrain jouxtant le parking de la commune, mais également la mairie et l’école. La conciergerie occuperait le rez-de-chaussée d’un bâtiment abritant également, au premier étage, deux logements de type F3.

Organisation et mode de gouvernance

L’implication des habitants dans la conception du projet

En décembre 2011, en prélude à la constitution d’un groupe de travail mixte habitants/conseillers municipaux, deux réunions publiques avaient été organisées pour s’enquérir des attentes de la population de Saint-Pierre. Ces réunions avaient contribué à rediriger le projet vers la construction d’une épicerie de proximité.

La consultation de la population a été répétée plus tard dans la construction du projet, dans le cadre d’un questionnaire soumis en juin 2014. Le taux de retour du questionnaire avoisinait alors les 32%, ce qui montre un intérêt relatif de la population pour le projet. 

L’implication des habitants dans la construction du projet a aussi pour but de s’assurer de la viabilité du modèle économique du projet. Les questions avaient, en effet, porté sur la fréquence à laquelle les usagers se rendraient à la conciergerie et sur leurs attentes concernant les activités à développer au sein de cette structure.

Un modèle de gouvernance encore en construction

Si chacun des axes d’activités de la conciergerie de village implique des acteurs spécifiques (un réseau d’agriculteurs pour l’épicerie solidaire, des structures ESAT pour la réalisation des services, une association d’habitants pour l’animation de l’espace de convivialité), cela ne se traduit pas directement en terme de portage.

Les concepteurs du projet de conciergerie de village ont, en effet, opté pour le choix d’un porteur unique. Ce dernier, accompagné par le Réseau des Conciergeries de village, sera ainsi amené à avoir un rôle moteur dans le choix d’un statut pour la structure qu’il dirigera.

Dans un premier temps, il est imaginé que la structure prenne le statut de SARL, dont 25% des parts seraient détenues par le porteur, 25% par l’association d’habitants et 50% par le Réseau de Conciergeries de village. L’organisation sous forme de SCIC a été envisagée, l’URSCOP Normandie ayant été sollicitée pour accompagner la réflexion. Mais l’implication formelle de la mairie dans le projet pourrait menacer ce dernier si la majorité élue venait à changer. Les règles de gouvernance seraient donc pour l’essentiel implicites, et non fixées par les statuts.

Il est enfin prévu que les habitants soient les principaux animateurs du lieu de convivialité intégré à la conciergerie de village. Une association devrait être créée, dont l’objet serait non seulement de gérer l’espace de convivialité, mais également de s’impliquer dans l’organisation des activités et des animations (soirée jeux de sociétés, rencontres de lectures, etc.), avec la coordination du porteur de projet. 

D’une épicerie de proximité classique à une conciergerie de village solidaire

Lors la phase de conception du projet, alors qu’il s’avérait nécessaire d’obtenir des chiffres permettant d’estimer les opportunités de marchés liées à l’installation d’une épicerie de proximité à Saint-Pierre de Manneville, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Rouen avait été sollicitée. Les résultats de son étude, rendus en mars 2013, conduisaient au pessimisme quant à la viabilité économique d’un projet de commerce multi-services classique à Saint-Pierre : si l’épicerie peut envisager tirer profit d’un flux véhicules relativement important drainé par l’axe routier qui traverse la commune, la présence de plusieurs établissements concurrents dans les communes avoisinantes constitue un grand frein à sa pérennité économique.

Ces résultats avaient alors conduit les membres du groupe de travail à modifier certains aspects de leur projet. Constatant que l’étude de la Chambre de commerce et d’industrie se fondait sur des indicateurs de contexte, prenant seulement en compte le trafic routier, les bassins de vie, les temps d’accès et la localisation de la concurrence, le groupe de travail avait alors cherché à construire un projet dont la réussite serait liée à sa capacité à mobiliser et à susciter des pratiques de consommation alternatives. Ils avaient, à ce titre, identifié deux leviers principaux :

La nécessité d’impliquer les habitants dans l’animation du café,

  • Le recentrage de l’épicerie sur des produits locaux et les circuits courts, offre alternative vis-à-vis de l’offre des concurrents et accroissement de sa zone de chalandise au-delà de Saint-Pierre de Manneville. 

Cette initiative est une des 10 actions présentées dans le rapport final de l'étude FONDA/Futuribles : Société vieillissante, société innovante, présentée au colloque du 10 mai 2016.

vous trouverez le rapport final en suivant ce lien : 

http://fonda.asso.fr/Societe-vieillissante-societe-1483.html​                                                                                                                         

Qui fait quoi et comment on fait ?

   L'épicerie solidaire

Le projet prévoit une épicerie avec les produits des fermes dans un rayon de 50km et une offre des produits de première nécessité (pain, viande, produits laitiers, légumes).

Dans une région où les activités agricoles on constate la disparition de la polyculture bocagère au profit de monocultures céréalières de grandes exploitations, les canaux de distribution alternatifs, circuits courts, visent à préserver la diversité des productions agricoles et d’élevage.

L’efficacité de la commercialisation s’appuiera également sur des pratiques pédagogiques (descriptif de chacun des produits, avec leur composition, leur producteur, des recettes, etc.)

La communication s’appuie sur un discours militant, pour l’écologie et de nouvelles pratiques de consommation, insistant sur l’importance du choix des consommateurs et sur l’impact de son comportement sur les dynamiques du territoire.

   La conciergerie de services

Sur le modèle Facility Serv, la conciergerie de village mobilise un réseau de prestataires de services, principalement des ESAT (établissements et services d’aide par le travail). 

Un partenariat est en cours avec La Poste pour le relais postal. Mais cela pose un problème pour obtenir le financement des collectivités territoriales, qui estiment que ce n’est pas à elles de refinancer un service public.

   Le porteur de projet

Ce porteur est recherché par le  Réseau de Conciergeries de Village. profil cadre, salaire de 1500 euros net/mois pour 40h hebdo.

Cette personne sera chargée de créer une entreprise et de consolider son modèle économique. Le bâtiment

L’entreprise sociale LOGEAL, acteur majeur de l’immobilier social en Haute-Normandie, collecte les financements pour la construction du bâtiment, comme projet innovant. 

   Des ressources financières recherchées : Quel modèle d’autofinancement ?

Dans un premier temps, recherche de subventions, pour, à terme, à s’autofinancer.

Selon le modèle économique de la conciergerie d’entreprise Facility Serv,

Ou comme la Conciergerie solidaire de Bordeaux, habitants paie un abonnement

Ou bien, la conciergerie prend une commission sur les services rendus.

 

Publié dans Services

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