13’Sâges tisse du réseau autour des seniors asiatiques

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires

Chez nous, dans le 13°, les asiatiques vieilissent aussi

Afin de favoriser la participation sociale et l’accès aux droits des personnes avançant en âge issues de l’immigration asiatique, l’association Batik International a coordonné la mise en place sur le 13ème arrondissement de Paris d’un réseau réunissant institutionnels, professionnels et bénévoles du secteur associatif, personnes ressources et bénéficiaires, baptisé « 13’Sâges ». Conçu dans le cadre d’une formation/action, ce projet mixe un travail de connaissance des publics et de partage des pratiques à l’attention des différents acteurs avec la mise en place d’actions partenariales à destination des personnes âgées d’origine asiatiques, sous forme de café social itinérant.

Origine(s) :


Le 13ème arrondissement de Paris offre une spécificité de peuplement qui lui a valu son surnom de « quartier chinois ». Dans les années 1970 et 80, de nombreux réfugiés originaires des pays asiatiques, dont certains ont depuis acquis la nationalité française, sont venus s’y installés en famille. Ils représentent aujourd’hui 20 000 des 160 000 habitants de l’arrondissement et si proportionnellement le nombre de personnes âgées y est moins important que dans d’autres communautés issues de l’immigration, il est en forte croissance pour les prochaines années (+95% d’augmentation entre 1999 et 2017). 

En 2012, le Département de Paris prend en compte dans les orientations de son nouveau schéma gérontologique la problématique des séniors issues de l’immigration. Il traduit ainsi les difficultés que peuvent rencontrer les acteurs intervenants sur le secteur de l’autonomie pour accompagner ces populations, et dont le Centre local d’information et de coordination du territoire Paris Est, le CLIC Emeraude, s’est notamment fait l’écho concernant les séniors asiatiques. 

Aussi, à la demande de la Délégation à la politique de la ville et à l'intégration (DPVI), Batik international, une association de solidarité internationale implantée sur l’arrondissement et qui met notamment en place des projets avec et pour des populations migrantes, réalise une étude afin de mieux connaître les besoins de ces personnes. Une centaine d’entretiens sont alors réalisés et font apparaître l’existence de deux catégories de séniors. Les premiers, bien intégrés, participent à la vie locale et constituent même des personnes-ressources pour la communauté. Ils connaissent un vieillissement réussi et pourraient tirer profit d’actions de prévention. Les seconds en revanche, souvent plus âgés (plus de 80 ans) sont confrontés à un vieillissement précarisé, caractérisé par un isolement social et un faible recours aux aides et services à leur disposition. 

Face à ces premiers constats et à la difficulté d’établir des contacts et un lien de confiance avec ces populations, Batik International conçoit le projet 13’Sâges : il s’agit d’expérimenter pendant un an une mise en réseau des ressources du territoire afin de favoriser la participation sociale et l’accès aux droits des personnes issues de l’immigration asiatique avançant en âge, tout en outillant les différents acteurs pour leur mission auprès de ces publics. Le modèle d’un café social, déjà développé dans le 20ème arrondissement auprès de personnes âgées immigrées d’origine maghrébine et subsaharienne (www.cafesocial.org) est retenu, avec une spécificité puisqu’il s’agira d’un café social itinérant, c’est-à-dire dont les activités distinctes seront portées par trois structures différentes dans des lieux différents. Pour développer ce projet, Batik International bénéficie d’un financement du Fond européen à l’intégration (FEI), qui exceptionnellement accepte de retenir un projet d’ingénierie. Ce financement sera complété par la Ville de Paris et l’Etat (Direction départementale de la cohésion sociale).




Entre août 2013 et août 2014, Batik international développe plusieurs activités en parallèle.

- Mieux se connaitre


Un diagnostic de territoire est engagé pour identifier et mieux connaitre l’ensemble des ressources du 13ème arrondissement mobilisées notamment autour des séniors asiatiques. Environ une vingtaine de structures (services publics de la Ville ou du Département, centre social, service d’aide à domicile, associations culturelles ou de loisirs, associations communautaire…) intervenant dans les champs de l’accès aux droits, des prestations sociales, du maintien du lien social, sont alors rencontrées. 

Le diagnostic établi permet de mettre en lumière les difficultés ou besoins auxquels sont confrontés ces acteurs dans leur travail auprès des personnes âgées d’origine asiatique. A des degrés divers, les structures font des constats similaires. D’une part, les personnes âgées asiatiques accèdent peu aux services et activités existantes malgré des besoins identifiés, en raison notamment de l’obstacle de la langue et des différences d’habitudes et de codes culturels. Il est notamment de tradition pour les enfants de prendre en charge leurs parents vieillissants à domicile, parfois jusqu’à l’épuisement et avec pour conséquences des démarches tardives vers les professionnels confrontés à des situations dégradées. 

De plus les acteurs, à l’exception des associations communautaires qui constituent un point d’ancrage culturel et linguistique pour les séniors d’origine asiatique, regrettent une méconnaissance de cette communauté. Même les associations qui ont su créer des liens anciens avec ce public, reconnaissent n’en avoir qu’une approche empirique et parfois stéréotypée. Tous sont conscients de la nécessité de mieux comprendre ce public, même si ponctuellement quelques initiatives isolées voient le jour, comme une formation sur les relations interculturelles proposées par le CLIC Emeraude, ou le recrutement de salariés d’origine asiatique par le service d’aide à domicile implanté localement.

Le diagnostic révèle également la richesse et la potentielle complémentarité des initiatives qui sont menées par l’ensemble des acteurs, professionnels ou non. Elles constituent une véritable plus-value, à condition de favoriser leur mise en synergie. Pour la rendre possible, les différents acteurs ont besoin de se connaitre, que leurs actions soient diffusées pour gagner en visibilité et qu’enfin chacun (professionnel, bénévole, simple habitant) puisse se sentir légitime et en confiance.



- Construire en marchant

Sur cette base, deux types d’activités sont conjointement initiés : le café social itinérant qui expérimente les bénéfices du fonctionnement en réseau tant auprès des acteurs que des bénéficiaires; des temps de formation et des ateliers de partage de pratiques à destination des acteurs, pour faciliter la mise en réseau.
Trois structures, identifiées lors du diagnostic pour leurs compétences, leurs liens avec d’autres organisations de l’arrondissement et leur implantation territoriale complémentaires sont choisies pour porter les trois activités du café social :

  • La valorisation du parcours des séniors asiatiques et la transmission de leur mémoire est confié à Macao Ecriture(s), association qui conduit des dé marches de médiation sociale et thérapeutique au travers d’ateliers artistiques. Dans le cadre du projet 13’Sâges, elle initie des temps d’échanges avec les séniors afin de recueillir et mettre en forme leur récit de vie. Cette action aboutit à la réalisation d’un « Carnet de voyages », diffusé notamment à l’ensemble des partenaires du réseau et à la présentation d’une exposition en Mairie. Elle contribue à la valorisation des séniors ainsi qu’à une meilleure connaissance de ce public.
  • Le travail autour de l’accès au droit est porté par les Ateliers pluriculturels, association qui favorise les échanges interculturels France/Chine (cours de langue, sortie) mais qui développe également des activités de médiation tout public, ainsi que quelques activités vers les séniors. Dans le cadre du projet 13’Sâges, elle met en place des conférences santé et accès au droit, assurées par des professionnels du secteur médico-social et joue un rôle de médiateur. Cette action permet de répondre au besoin des séniors, de mieux s’approprier le fonctionnement des services publics mais également à celui des professionnels d’avoir accès à ce public.
  • Le maintien du lien social, s’il est transversal aux deux premières actions, se traduit également dans l’organisation de temps de partage et de convivialité, en particulier à destination des séniors peu investis dans les associations locales et afin de les ouvrir à d’autres activités que celles proposées par les associations communautaires. Leur organisation est confiée à l’Espace publique Numérique, identifié comme un lieu particulièrement attractif pour les séniors asiatiques. Ces temps de rencontre et d’échanges sont initiés lors de projection de film, d’atelier broderie ou informatique, de repas…

Pour chacune de ces activités, un intérêt tout particulier est porté à la mobilisation des séniors asiatiques ainsi qu’à celle de l’expertise des autres acteurs du territoire, dans la logique de réseau. Cette même logique de réseau est également alimentée par l’organisation d’atelier de partages de pratiques entre acteurs sur des difficultés identifiées lors du diagnostic : comment impliquer l’entourage des séniors dans l’accompagnement du bien vieillir ; comment améliorer l’apprentissage du français par les séniors asiatiques ? Ces ateliers sont l’occasion de mutualiser des outils et des pratiques, de partager des stratégies, d’identifier des méthodes. De même, plusieurs réunions de réseau ont été organisées, afin de définir conjointement les modalités de pilotage du réseau. A l’issue de cette première année, plusieurs supports ont été créés, traduits en plusieurs langues à destination des séniors (brochures de présentation, répertoire des structures disponible sur le territoire…) mais également à destination des acteurs du réseau, notamment un guide pour accompagner les séniors asiatiques du 13ème arrondissement.

    Vers l’autonomie

Le projet 13’Sâges est aujourd’hui entré dans une seconde phase, soutenu financièrement par le Fond Asile Migration Intégration (FAMI), la Ville de Paris, la DDCS et la Fondation de France. Il s’agit de consolider le projet sur les trois ans à venir, de renforcer les liens avec les associations communautaires et de permettre à terme à Batik international de se désengager de l’animation du réseau, confié alors à l’un de ses membres.

Des enseignements ont également été tirés de la première année. Une activité du café social, celle autour des récits de vie portée par Macao écriture(s) s’est révélée inadaptée dans sa mise en œuvre, en raison de la barrière de la langue, de la pudeur inhérente à la culture asiatique et de l’absence de besoin des séniors de témoigner de leur parcours. Mais elle a mis en relief les importants besoins en matière d’apprentissage du français. Si le diagnostic de territoire a permis d’identifier plusieurs structures animant des ateliers sociaux linguistiques, le partage des pratiques entre professionnels a confirmé l’inadaptation des méthodes d’apprentissage au public des séniors et aux langues asiatiques. Une nouvelle association, Français langues étrangères et cie, qui intervient déjà dans les centres sociaux du territoire a été retenue pour porter cette nouvelle activité. Les deux autres sont maintenues, avec des évolutions. L’activité accès au droit de la santé, toujours animé par les Ateliers pluriculturels, cherche à toucher un public plus large : un travail est en cours avec les conseils syndicaux des immeubles où résident de nombreux séniors pour délocaliser les conférences dans leur hall. Quant au volet convivialité, il devrait s’enrichir d’une nouvelle activité animée par Les Parques, une association investit dans la participation citoyenne et l’intergénération, autour du recueil de recettes traditionnelles et de leur publication.

Un comité d’orientation stratégique composé de structures membres du réseau, de chercheurs et de partenaires, permettra, une fois par an de consolider les objectifs, avant une restitution publique, dont la forme reste à préciser, de l’ensemble du projet.

Impact(s) : 
Il existe aujourd’hui une vraie dynamique territoriale, suite à la phase de diagnostic et de co-construction des outils communs :

  • des pratiques inspirantes ont été identifiées et diffusées dans la brochure « Guide pour accompagner les seniors asiatiques du 13ème arrondissement de Paris », • la connaissance réciproque des différents acteurs s’est développée,
  • de nouvelles pratiques professionnelles se sont mises en place,
  • le regard entre professionnels, bénévoles et habitants s’est modifié, avec une meilleure reconnaissance réciproque,
  • les besoins des séniors asiatiques et des acteurs ont été précisés,
  • des relations extra-communautaires et intergénérationnelles se sont développées, •
  • la connaissance réciproque entre séniors asiatiques et structures d’accompagnement a été amorcée.

Partenaire(s) : 
Première phase : la Communauté européenne à travers le Fond européen d’insertion (FEI), la Ville de Paris, l’Etat à travers la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS)
Seconde phase : la Communauté européenne à travers le Fond Asile Migration Intégration (FAMI), la Ville de Paris, la DDCS et la Fondation de France.


Porteur(s) de l'action : Batik International, 64 rue de Clisson, 75013 Paris

Tel : 01 44 18 72 66

Contact  ROCHEFORT Chloé : chloerochefort@batik-international.org

Paru dans la News Letter d'Apriles du 14 octobre 2015

http://www.apriles.net/index.php?option=com_sobi2&sobi2Task=sobi2Details&catid=27&sobi2Id=1573&Itemid=95

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