Les jardins du vieillard de Tarente - Hubert Reeves -

Publié le par Or gris : seniors acteurs des territoires

Lorsqu'une mauvaise terre, peu propice à la Vie devient havre et jardin, par la main d'un vieillard…
- Hubert Reeves-

Voilà ce qu'en dit Virgile en 29 avant notre ère :

"Ce serait le moment, si le temps ne pressait, de parler des jardins tels que celui du vieillard de Tarente

  • Pour moi, si, bientôt à la fin de mes peines, je ne pliais mes voiles et n'avais hâte de tourner ma proue vers la terre, peut-être chanterais-je l'art d'embellir et d'orner les fertiles jardins, et les roseraies de Pestum qui fleurissent deux fois l'an. Je montrerais comment les endives aiment à boire l'eau des ruisseaux, comment l'ache se plaît sur les vertes rives, comment le tortueux concombre voit grossir son ventre parmi l'herbe; et je n'omettrais ni le narcisse lent à former sa chevelure, ni la tige de l'acanthe flexible, ni les lierres pâles, ni les myrtes, amants des rivages.*
  • Je me souviens ainsi d'avoir vu au pied des hautes tours de la ville d'Oebalus, aux lieux où le noir Galèse arrose de blondissantes cultures, un vieillard de Coryce, qui possédait quelques arpents d'un terrain abandonné et dont le sol n'était ni docile aux boeufs de labour, ni favorable au bétail, ni propice à Bacchus. Là pourtant, au milieu de broussailles, il avait planté des légumes espacés, que bordaient des lis blancs, des verveines et le comestible pavot; avec ces richesses, il s'égalait, dans son âme, aux rois; et quand, tard dans la nuit, il rentrait au logis, il chargeait sa table de mets qu'il n'avait point achetés. Il était le premier à cueillir la rose au printemps et les fruits en automne; et, quand le triste hiver fendait encore les pierres de gel, et enchaînait de sa glace les cours d'eaux, lui commençait déjà à tondre la chevelure de la souple hyacinthe, raillant l'été trop lent et les zéphyrs en retard.*
  • Aussi était-il le premier à voir abonder ses abeilles fécondes et ses essaims nombreux, à presser ses rayons pleins d'un miel écumant; les tilleuls et lauriers-tins étaient pour lui extrêmement féconds; et autant l'arbre fertile, sous sa nouvelle parure de fleurs, s'était couvert de fruits, autant il cueillait de fruits mûrs à l'automne. Il transplanta aussi et disposa par rangées des ormes déjà grands, et le poirier déjà très dur, et d'épineux pruniers portant déjà des prunes, et le platane prêtant déjà ses ombres aux buveurs. Mais je passe sur ces développements, gêné par une carrière trop étroite, et laisse à d'autres sur ce point le soin de traiter le sujet."*
Les Géorgiques - Livre IV
Nos vieux sages s'y reconnaitront,
précurseurs d'un mouvement "oasien" qui trouve ses racines au plus profond de notre culture. Est-ce un attribut de la vieillesse que de s'émerveiller de la beauté de nos Oasis ?

Hubert Reeves

Plus d'infos : http://bcs.fltr.ucl.ac.be/Virg/georg/georgiv.html

https://www.facebook.com/index.php

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
j'aime beaucoup cet article qui décrit la vie des vieillards .
pour les vieillards leurs vies devient havre et jardin malgré tous les difficultés de vie .
merci pour le partage .
Répondre